Posts tagged: crise

sept 24 2011

Ce que François Fillon ne vous dit pas…

Monsieur Fillon vient de faire une déclaration enjoignant aux Français de se soumettre à la politique de régression des droits sociaux et des salaires que Berlin a fait subir aux Allemands. Le Premier Ministre imagine qu’une « convergence franco-allemande » est souhaitable en la matière et qu’il est urgent pour la France de se conformer aux lubies de Madame Merkel.

L’Allemagne est, je le répète, un contre-modèle, un anti-modèle, basé sur la stagnation salariale et le développement exponentiel du travail précaire. Cyniquement la droite allemande mise sur l’euro (trop) fort alors qu’il étouffe la croissance chez ses partenaires. Alors qu’elle a réalisé ses excédents sur tous ses voisins européens (hors République Tchèque ou Hongrie, devenus les pays manufacturiers du « Made by Germany »), l’Allemagne joue l’égoïsme dès qu’il s’agit d’établir une véritable solidarité européenne. Au mieux, Madame Merkel réagit-elle avec un retard considérable sur la question des eurobonds. Le problème de l’Allemagne est qu’à terme, elle paiera elle aussi cette politique suicidaire pour l’Europe. Elle est dans une contradiction majeure : elle refuse de sauver l’euro mais l’implosion de la zone euro lui coûterait énormément.

Cette politique, que François Fillon propose de suivre, est en effet inepte car elle ne permet pas de faire face aux défis liés aux dettes grecques, italiennes ou espagnoles. D’ici à la fin de l’année la moitié des 21% de chômeurs espagnols seront en fin de droit. Le total des dettes espagnoles est d’environ cinq fois le PIB espagnol tandis que le total des dettes grecques est de l’ordre de trois fois et demi le PIB hellénique… Sauver l’Espagne sera une tâche bien plus ardue que de « sauver » la Grèce.

Ce n’est pas en collant aux régressions sociales allemandes que l’on va retrouver le chemin de la croissance, c’est en s’attaquant à la toute puissance des marchés financiers.

Il faut donc un plan de sauvetage d’urgence de la monnaie unique.

Le drame de cet aveuglement sur la crise monétaire à venir est aussi qu’il révèle l’incapacité totale de nos gouvernants à avoir un cap, une ligne politique et une vision véritable de l’avenir. François Fillon me fait penser à ces grands féodaux du XVIIème siècle qui n’avaient de cesse de chercher en Espagne ou en Allemagne la politique à imposer à leur peuple, le plus souvent contre ses intérêts et ceux du pays mais à leur bénéfice exclusif propre. Balloté par les événements, le gouvernement se mue peu à peu en syndic de faillite de sa propre politique quand le Président de la République joue l’emphase sur la scène internationale pour faire passer son agitation pour de l’action.

François Fillon doit donc répondre à une simple question : a-t-il conscience que l’actuelle politique du gouvernement, à la remorque d’une CDU-CSU finissante est déjà condamnée ?

sept 06 2011

Se battre pour la majorité oubliée

Alain Mergier et Jérôme Fourquet viennent de publier un petit ouvrage très intéressant intitulé « Le point de rupture » (Fondation Jean Jaurès, Essais) et consacré aux « ressorts du vote FN en milieux populaires ». C’est un travail éclairant et qui confirme le besoin d’une réelle alternative de la part des milieux populaires. Je suis en accord avec les auteurs sur les constats et notamment sur ce qu’ils disent de la perception de la crise par des millions de  nos concitoyens : « Les milieux populaires estiment que nous sommes déjà entrés dans une nouvelle séquence : l’après-crise n’est pas une sortie de crise, c’est une installation dans une situation qui a été instaurée par trois années de crise. Cette situation est plus dure, plus tendue, plus rude pour les plus vulnérables : plus inacceptable aussi car plus injuste ». Cette spirale dépressive pour le moral du pays doit être cassée. Mais il faut analyser en profondeur le mal qui ronge notre société et la démonstration des auteurs est très pertinente.

Le divorce entre les milieux populaires et la politique date, selon les auteurs, de la crise de 2008 et du sauvetage des banques sans contrepartie par l’Etat. Cet interventionnisme économique au bénéfice exclusif des banques est apparu comme une forme de trahison des promesses du Président Sarkozy. Une fois de plus je ne peux qu’acquiescer et témoigner, en tant que responsable politique, que s’est dessinée, entre 2008 et 2010, « dans les représentations de tous les milieux sociaux l’hégémonie d’une oligarchie financière rassemblant grands patrons du CAC 40, fonds d’investissements, banques et traders ». Finalement, les milieux populaires, à ce qu’en disent Alain Mergier et Jérôme Fourquet, ont une vision assez juste du rôle des marchés financiers : « Les marchés financiers exercent leur pouvoir non pas au nom de l’économie mais de leur propre profit ». L’inquiétude face la dette induit la quête d’une véritable alternative. L’accumulation des insécurités vécues et/ou ressenties (l’un n’allant que rarement sans l’autre) nécessite une réponse politique, une volonté politique, une alternative politique. Cette France décrite par les auteurs de ce petit livre, est la France de la majorité oubliée, à laquelle je m’adresse et à laquelle je propose une autre vision de l’avenir.

Le diagnostic est en effet important à effectuer mais il est primordial d’apporter un remède. Les solutions politiques, l’alternative à bâtir, la prise en compte de l’impact de la mondialisation et de sa perception par les citoyens, sont le seul remède à la montée de l’extrême-droite.

La recherche de protection par les Français implique en effet que la gauche apporte des solutions radicalement différentes de celles du passé. Il nous faut être audacieux. C’est le sens de mon projet : démondialisation, mise sous tutelle de banques, 6ème République, réindustrialisation, réponse aux défis environnementaux, réhabilitation d’une véritable égalité dans notre pays, protection de nos savoir-faire dans cette jungle économique qu’est la mondialisation… Les Français n’attendent pas des solutions faciles mais du courage et de la volonté. Oui, il y a la place pour une alternative de progrès à gauche, une alternative qui parle à ces millions d’ouvriers et d’employés insécurisés. Cette alternative, elle passe par les primaires du PS, le 9 octobre prochain…

sept 05 2011

Crise : le courage c’est de dire la vérité

Avons-nous un gouvernement qui voit loin ? Derrière le programme de l’UMP dévoilé par Bruno Le Maire, on sent évidemment poindre une vision comptable mais pas une vision politique, sans même parler de la moindre once de vision historique.

Le problème du programme de l’UMP, tel qu’il a été pensé, c’est qu’il fait l’impasse sur un risque majeur : celui que l’Espagne fasse défaut d’ici la fin de l’année. Mardi dernier, je recevais, au cours d’un colloque que j’organisais avec Jean-Pierre Chevènement à Paris, Jacques Sapir, économiste de renom et auteur de « La démondialisation », livre dont je conseille la lecture tant il est éclairant sur les enjeux de notre temps. Jacques Sapir faisait remarquer que d’ici la fin de l’année, la moitié des 21% de chômeurs espagnols seraient en fin de droits. C’est évidemment un drame humain pour des millions de citoyens espagnols qui se profile. Mais c’est surtout un risque majeur dans un pays dont la croissance passée a été tirée par l’endettement des ménages et une imposante bulle immobilière. Pour les banques ibériques, des chômeurs en fin de droit, ce sont des crédits non remboursés.

La dégradation des notes de plusieurs gouvernements provinciaux espagnols incite en effet à regarder avec vigilance l’évolution de la situation espagnole. Comment ferons-nous pour pallier un défaut de l’Espagne ? Le total des dettes est équivalent, en Espagne, à cinq fois le PIB ! Le forfait de Zapatero aux prochaines élections, le vaste mouvement des Indignados de la Puerta del Sol sont les conséquences d’une situation économique gravissime pour nos voisins d’outre-Pyrénées.

Eurobonds et mutualisation de la dette ? Les Français y semblent davantage prêts que leurs voisins. Nous pouvons aussi envisager la monétisation de la dette. Cela permettrait au moins de dévaluer quelque peu l’euro, sur-évalué, dans un univers de monnaies (Yuan et Dollar) sous-évaluées. Sans ces solutions, les trous d’air économiques à répétitions que les orages de la dette nous font vivre, risquent de se transformer en cyclone de la dépression !

Dans ce contexte, la droite nous propose une « règle d’or » qui sera pour notre pays l’an I des années de plomb. La droite – et ceux qui calqueront leur programme sur le sien – n’auront d’autre choix que de faire subir au pays des « plans de rigueurs » en rafale s’ils ne changent pas radicalement de discours et de politique. Un plan de rigueur, ce ne sont pas que des chiffres, ce sont des vies. Un plan de rigueur, dans les proportions en question, cela se chiffre en coût humain : c’est moins d’infirmières et de médecins et des couloirs d’hôpitaux remplis de brancard qui bouchonnent, c’est moins de policiers ou de gendarmes mais plus de répression, ce sont des professeurs dont on allonge la durée de travail sans leur donner les moyens pédagogiques nécessaires, ce sont des mairies, des conseils généraux privés de moyens et donc, par exemples, des services sociaux ou des programmes péri-scolaires qui disparaissent. Un plan de rigueur, ça ne se chiffre pas, ça se vit !

Pour ma part, je pense qu’en politique, il n’y a qu’une règle à tenir, c’est de dire la vérité. Et la vérité est la suivante : soit nous changeons radicalement de politique, soit nous risquons de subir la plus vaste période de récession de notre histoire économique. Une alternative reste à bâtir. Cela nécessite de bâtir un protectionnisme européen, social, environnemental et industriel. Cela nécessite de bâtir conjointement avec l’Allemagne et les quinze autres membres de la zone euro, une stratégie politique de gouvernement de notre monnaie unique. Cela nécessite surtout le courage de la vérité. C’est tout l’objet de ma candidature.

août 17 2011

Rencontre Sarkozy-Merkel : la France assise sur le porte-bagage de la droite allemande.

La rencontre entre la Chancelière Merkel et le Président Sarkozy est marquée par des demi-propositions dont aucune n’est de nature à dompter les marchés.

En fait de gouvernement économique de la zone euro, le tandem Merkel-Sarkozy propose la tenue d’une réunion de gouvernance semestrielle. C’est trop peu, s’il n’est pas déjà trop tard. Il faut des mesures plus énergiques et plus dirigistes d’un point de vue politique. Dans une période où les « marchés » font mouvement heure après heure, une réunion semestrielle de discussion ne peut qu’inquiéter les citoyens sur la capacités de décision de nos dirigeants.

Abandonnant les eurobonds, Paris et Berlin signent un aveu d’impuissance inquiétant, exclusivement lié aux exigences égoïstes de la droite allemande. Pis, nous constatons que si Nicolas Sarkozy prétend piloter le tandem Paris-Berlin, il est en fait assis sur le porte-bagage de la droite Allemande. Voici le gouvernement français non seulement soumis aux pressions quotidiennes de marchés quasi-irrationnels mais aussi à une droite allemande de plus en plus réticente à l’idée de solidarité européenne.

Quant à la « règle d’or » – une idée en vigueur depuis déjà vingt ans dans l’union européenne à travers le pacte de stabilité  -  elle est quant à elle la signature d’un dogmatisme délétère. Cette « règle d’or »  risque de devenir un fardeau lourd comme du plomb pour les peuples européens. Si la seule politique économique commune est celle qui précipite notre continent dans la récession, c’est le meilleur moyen de détruire la construction européenne !

Seul point positif, Madame Merkel et Nicolas Sarkozy semblent s’être ralliés à l’idée d’une taxe sur les transactions financières, déjà proposée par le Parlement européen mais dont l’adoption a été, jusqu’ici empêchée par le conservatisme des dirigeants de nos deux pays.

Il est temps de prendre des mesures politiques qui transforment en profondeur notre système économique et reprennent par l’autorité le contrôle des marchés.

Arnaud Montebourg

 

 

fév 07 2011

Manifeste pour un euro politique et productif

Par Arnaud Montebourg, député de Saône et Loire, candidat aux primaires ouvertes et populaires de la gauche

La France vient de prendre la tête du G20. Sur la table des dirigeants du monde, il y a une question difficile : le contrôle des changes, c’est-à-dire la valeur des monnaies les unes par rapport aux autres. Parce qu’il est aujourd’hui trop fort, l’euro pénalise nos exportations. Il est temps de poser la question de l’euro et de ce que nous voulons en faire.

A force d’enterrer les débats, ils nous éclatent à la figure. L’euro est devenu l’un de ces tabous dont on refuse de parler. Ses partisans inconditionnels refusent toute critique contre l’euro, pendant que le simplisme de ses adversaires font de l’euro la cause de tous nos maux. Prenons la responsabilité d’un débat sérieux sur l’euro. Read more »

Alibi3col theme by Themocracy