Home » 15 ans d'action politique » Sécurité » Pour l’honneur de Sihem Souid

Pour l’honneur de Sihem Souid

Tribune parue dans Le Monde Dialogues, mardi 14 décembre 2010.

C’est une femme courageuse. Une de ces femmes qui donnent confiance dans notre pays. Une de ces femmes qui n’ont pas peur, qui ne sont pas prêtes à troquer leurs valeurs contre la compromission, la résignation et le silence. Pourtant, ce n’est pas une femme hors du commun, une héroïne des temps modernes. C’est quelqu’un comme vous et moi, qui a décidé de ne pas se taire et d’affronter un système devenu anormal, pour ne pas dire écoeurant.

Sihem Souid est une jeune policière, engagée par passion dans ce métier, et affectée à la police de l’air et des frontières (PAF), à Orly. Elle y a découvert le racisme, devenu la norme. Elle s’est heurtée à l’homophobie, à la toute-puissance de certains qui agissent au mépris des lois. Elle s’est trouvée face au déni du droit des étrangers et à l’humiliation quotidienne.

Dans son livre Omerta dans la police, – Le Cherche Midi, 266 p., 18 euros – elle rapporte les mots de tous les jours, « nègres ou bougnoules », le plaisir pris par quelques-uns dans la brutalisation d’hommes et de femmes en situation de faiblesse. Elle débusque un système mensonger qui truque les statistiques d’expulsion, corrompt certains fonctionnaires, camoufle les irrégularités et les délits qu’ils commettent, cherche des proies faciles pour gonfler ses chiffres. Sihem Souid démontre aussi l’omerta qui règne dans une police organisée pour se taire.

Dans son témoignage, et quand je l’ai rencontrée, elle m’a également fait comprendre la difficulté pour un Français d’origine maghrébine de travailler dans ce système. Entre le rôle du « bon Arabe de service » – « celui qui est différent de tous les autres » – et la suspicion de complaisance qui pèse comme une épée de Damoclès sur chacun de ces fonctionnaires qui n’aspirent souvent qu’à faire leur travail normalement, conformément à la loi.

Sihem Souid a été suspendue le 2 décembre, pour son livre, signe de la dérive de notre pays qui sanctionne ceux qui défendent la République et protège ceux qui la flétrissent. Ces derniers sont trop nombreux et sûrs de leur impunité. Ils ont franchi la ligne rouge de la honte et de l’inacceptable. Sihem Souid le dit mieux que personne : « J’ai peur pour notre pays, j’ai peur pour ma France ».

L’éthique

J’ai été saisi par ce récit. Mais je ne ferai pourtant pas la leçon habituelle de ceux que l’on appelle les « bien-pensants de gauche », perchés sur leur humanisme et à qui l’on reproche de refuser d’affronter le problème de la sécurité, de la frontière, et de l’immigration irrégulière. Je pense que l’angélisme est aussi dangereux que la surenchère sécuritaire. Il est temps de tracer une autre voie en s’adressant aux milliers de policiers qui ne savent plus quoi faire ou penser. Car si certains ont piétiné les règles de la République, l’immense majorité est victime d’un système devenu pervers. Il faut faire du chiffre, expulser, arrêter à tour de bras, au risque de voir les primes suspendues. Il ne faut plus agir en cherchant des moyens et des réponses appropriées, il faut « frapper fort » et communiquer, user de la matraque et du matraquage médiatique.

Alors le système pousse des policiers honnêtes à dépasser les bornes, en commençant par celles du racisme, de l’humiliation, de la falsification ou de l’abus de pouvoir. Ils n’en seront que félicités. Encouragés, même. Olivier Marchal, ancien policier devenu cinéaste et acteur, raconte lui aussi l’enfer du commissariat. Il décrit les hommes qui craquent, dégoûtés par ce système injuste dont ils sont les prisonniers et complices forcés. Ces hommes et ces femmes ne demandent pourtant qu’à faire leur travail honnêtement, à servir pour des règles justes et républicaines. Mais ces règles n’existent plus. Elles ont été cassées méthodiquement par nos gouvernants.
Quand le ministre de l’intérieur, Brice Hortefeux – gardien de la coexistence pacifique des Français – est condamné pour injure raciale, alors tout devient possible. Lorsque l’on a de mauvais chefs, tout le système se fissure.

Pour ma part, je veux défendre les policiers en proie au doute, qui ne savent plus comment faire leur métier. Ces fonctionnaires n’ont pas peur d’affronter les délinquants et les mafieux, ils ont peur d’eux-mêmes, de ce qu’ils peuvent faire sans repères, sans recours, sans contrôle ni éthique et surtout quand ils sont conduits sur de mauvais chemins par leur tutelle hiérarchique et politique.

En effet, la République, c’est d’abord l’exemplarité. La police républicaine, c’est le respect de la règle et de la loi qu’elle s’impose à elle-même pour pouvoir le faire ensuite partout en France, et a l’égard de tous, sans exception.

Demain, il nous faudra montrer le chemin à ces fonctionnaires qui ne demandent qu’à servir la République et ses valeurs. Il leur faudra des guides solides et irréprochables. Nous devrons leur donner des moyens d’action, les rendre irréprochables. Une véritable instance éthique est plus que nécessaire dans la police. L’éthique n’est pas une fragilité, c’est au contraire ce qui doit être la force de notre police républicaine. Tout mon soutien et ma fidélité au combat de Sihem Souid.

Arnaud Montebourg

Député socialiste de Saône-et-Loire

Mots clés:
Publication précédente
Publication suivante
the_content();

5 Réactions

  1. Nos Soeurs Les Baleines

    Je recommande à tous l’émission en 3 volets diffusée sur Arte il y a peu sur l’envers du décor de nos policiers:

    « La Police et Sarko »
    « Flics et fiers de l’être »
    « Que fait la Police? »

    Attention, rien à voir avec les reportages de beaufs à la TF1…
    Dans ces reportages, nos policiers s’interrogent sur la manière dont ils travaillent sans détour.
    A voir.

  2. Ces « hommes qui craquent, dégoûtés par ce système injuste dont ils sont les prisonniers et complices forcés » devraient simplement avoir le courage de NON à leur hiérarchie.

    http://www.youtube.com/watch?v=w1CR3ASIbUU

  3. Je rebondis également sur l’expression  » complices forcés », nul ne contraint les policier à assister, muets, à des actes et paroles inqualifiables.
    Preuve en est : Madame SOUID a réagi. Ne cessez jamais de vous battre Madame!

  4. bon nombres de fois je me suis retrouvez à faire à faire des lecons éducation civique à des bb et bien franchement se sont des élèves soumis et médiocre un cours de soutient avec une rased leur sera bénéfique à l’école….? devinez

  5. je vois des fautes d’orthographe les bb m’ont déja prit la langue francaise

Laisser une réponse

Votre adresse email ne sera pas publiée.Les champs obligatoires sont marqués *

*

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>

Haut de page
loading