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Passons avec les Français un « pacte de tranquillité publique »

Tribune publiée dans le journal Le Monde du 3 septembre 2010

Pour se préparer à 2012, il n’est pas inutile de se rappeler nos échecs en 2002 et 2007 en matière de lutte contre l’insécurité publique, et les manipulations grossières de la droite qui ont fonctionné. S’il est pourtant un devoir de la République qui mérite un investissement dans la durée, et une mobilisation de la société tout entière, c’est le droit de chacun à vivre en sécurité.

Les habitants de notre pays sont épuisés de voir ce débat sombrer dans les calculs électoraux. Dans leur grande sagesse, ils renvoient dos à dos tout à la fois ceux qui n’ont pas su prendre la juste mesure de leur exaspération, et ceux qui exploitent politiquement l’exposition des populations les plus modestes à la montée de la violence sans être capable de la faire reculer.

Tout a été dit sur l’augmentation de la délinquance, notamment la violence et les agressions sur les personnes, coups et blessures, qui a explosé sous les années Sarkozy. On pourrait ajouter la croissance continue des procédures pour outrage, rébellion ou violence à agents de la force publique, témoignant d’une préoccupante dégradation de l’image de la police et de la gendarmerie dans la population.

Concentrons-nous maintenant sur les solutions qui permettront de retrouver un minimum d’efficacité dans la conduite de la politique de lutte contre l’insécurité. C’est le sens de la proposition que j’ai formulée d’un « pacte de tranquillité publique ». Il part du constat objectif et lucide des échecs en série sur la sécurité : ceux qui cherchent des excuses aux auteurs de troubles impardonnables, comme ceux qui se livrent à la surenchère ultra-sécuritaire ; ceux qui désarment les forces de l’ordre, comme ceux qui en rajoutent dans les arsenaux répressifs. Or, notre responsabilité est de donner des résultats à la population, pas d’entretenir des querelles et des luttes politiques stériles et sans issue.

Le « pacte de tranquillité publique » repose sur une nouvelle méthode et de nouvelles propositions. Sur la méthode : élus de gauche et élus de droite, élus nationaux et élus locaux, magistrats, policiers et gendarmes, enseignants et éducateurs, doivent rechercher ensemble des solutions concrètes. Il est devenu indispensable de mobiliser toute la société pour faire reculer la violence et la délinquance. Certes, toutes les solutions ne seront pas consensuelles mais ce qui peut l’être doit être identifié comme tel, faire l’objet d’un accord au profit de la population.

Sur le contenu : partons de l’existant et faisons-en un audit objectif. Évaluons les innombrables modifications législatives, réorganisations et nouveaux dispositifs qui s’enchaînent depuis 2002. Faisons le bilan des peines planchers, des dispositions sur les mineurs multirécidivistes, et bientôt de la déchéance de nationalité. On verra bien ce qui aggrave et ce qui améliore, ce qui sert à quelque chose et ce qui ne sert à rien. Regardons les expériences étrangères. Observons l’efficacité réelle de la vidéosurveillance à laquelle même le Royaume-Uni est en train de renoncer. On verra bien dans quelle mesure des caméras peuvent remplacer des hommes. Prenons le temps d’apprécier collectivement et contradictoirement l’impact de ces évolutions. Il est probable que nous puissions nous accorder sur une autre répartition des forces de police et de gendarmerie.

La baisse continue des effectifs est devenue une plaie : moins 10 000 policiers en trois ans sur le terrain et dans les commissariats, ce sont des milliers d’infractions qui auraient pu être évitées. Mais il faut insister sur la nécessité de réduire les inégalités territoriales les plus manifestes. Pourquoi Paris a-t-elle 1 policier pour 172 habitants, quand Aubervilliers en a 1 pour 418 ? Le débat doit être ouvert de manière transparente et contradictoire.

La gauche interrogera la droite sur l’efficacité de ces unités spécialisées, qui se sont multipliées depuis 2002 au gré des événements médiatiques (police anti-hooligans, unités spécialisées contre les bandes, police ferroviaire, etc.) au détriment des effectifs généralistes de la sécurité publique. Elle interrogera également sur la nécessité de maintenir autant de CRS et de gendarmes mobiles quand la sécurité quotidienne des Français exigerait un redéploiement vers la police de terrain.

Mais je ne doute pas qu’un accord de bonne volonté puisse se dessiner pour remettre les policiers sur le terrain, en les faisant vivre parmi la population, dans la population, pour la protéger par une présence permanente, à la fois dissuasive et confiante. C’est un travail de reconquête patiente qui prendra du temps et nécessite un accord dans la durée et un compromis politique durable.

REDONNER DU POUVOIR AUX HABITANTS

La sécurité doit devenir l’affaire de tous. Chacun a son rôle à jouer dans le recul de la violence. Parents, professeurs, éducateurs, psychologues, travailleurs sociaux sont autant de veilleurs qui voient ce qui se passe et doivent pouvoir alerter. Ils doivent nous permettre de retrouver un minimum de consensus et de sérénité sur le problème de la délinquance des mineurs. Les adolescents doivent apprendre le respect de l’autorité, mais ils ne sont pas des adultes et aucune situation n’est identique à une autre. Il doit y avoir sanction, mais elle doit retrouver progressivité et pédagogie, ce qui suppose de remobiliser toute la société des adultes et remotiver chacun autour de la recherche collective de solutions concrètes.

Au-delà de ces premières orientations, qui peuvent susciter l’adhésion de tous les républicains, je fais également la proposition que nous progressions dans une direction plus radicale encore, qui me paraît à ce jour seule susceptible de répondre aux attentes de la population. Nous devons redonner du pouvoir aux habitants, qui doivent être associés à la lutte contre la délinquance. Non pas une rapide enquête de satisfaction, ou une réunion de veille d’élection, mais un dispositif qui s’inscrira dans le temps et la confiance.

Prenons les expériences de type community policing, telle que celle qui est menée depuis de nombreuses années à Chicago. La population participe à l’identification des problèmes. Des réunions régulières ont lieu avec la police, qui prend en compte et rend compte. La sécurité devient réellement l’affaire de tous. C’est la direction dans laquelle je souhaite voir évoluer les relations entre les forces de l’ordre et la population. Associer davantage les habitants à la définition concrète et quotidienne de la politique de tranquillité publique, c’est nécessairement ouvrir le débat sur les compétences locales.

Nous avons besoin de forces de sécurité publique plus proches de la population et des territoires, mais nous ne voulons pas d’une municipalisation, qui provoquerait trop d’inégalités entre communes. Mais les préfets s’intéressent-ils vraiment aux besoins de la population ? Au niveau local d’autres solutions sont possibles dans la mise en mouvement des forces de l’ordre. Examinons-les.

Forte de l’aspiration au changement qui traverse le pays, la gauche veut des idées neuves pour la France. La sécurité fait partie de ces transformations, dans le respect de nos valeurs respectueuses des êtres humains et de leurs libertés. Mais veillons à restaurer les conditions d’une réussite dans la durée. Tel est le sens de ce « pacte de tranquillité publique » que je propose.

Arnaud Montebourg
Député de Saône-et-Loire
Président du Conseil général

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7 Réactions

  1. Nos Soeurs Les Baleines

    Quelques mots sur ce post pour mon ami le Bressan, d’abord:
    ne fais pas fuir les poissons, ils nous nourrissent, tu le dis toi-même…
    Pour ce qui est de la Sécurité, et de l’exemple américain, je recommande à tous de visionner les 5 saisons de « the wire », série désormais entrée au Panthéon qui passionne même Obama.
    Pour ce qui est des solutions, il apparait clairement que la dégradation des relations entre la Police et la population nécéssite un renforcement d’effectif et une meilleure proximité.
    Ceux qui désapprouvent ces mesures sont des irrésponsables, basta.
    Il faut RESPONSABILISER les citoyens et les rendre acteurs du vivre ensemble.
    La subtilité est de trouver le moyen de rappeler les citoyens, les parents irresponsables à leurs devoir sans verser dans le totalitaire.
    Il y a 3 solutions pour obtenir des résultats:
    -la sanction.
    -la récompense.
    -le dialogue.
    L’idée de « syndicats d’habitants » n’est pas mauvaise, il est en effet beaucoup plus difficile de faire pression sur plusieurs dizaine de « plaignants » que sur un.
    La devise, dans les quartiers, c’est « Malheur à celui par qui le scandale arrive », chacun pour sa gueule.
    Ce n’est pas en restant passifs que les habitants changeront les choses, il faut aider ceux qui se battent.

  2. une république de sanctions je crois pas à cela
    une police de proximité non plus
    quelque chose d’harmonique oui à vos idées

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