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La règle d’or est une faute politique et une erreur économique

La droite propose d’inscrire la « règle d’or » de l’interdiction des déficits dans la Constitution. Ironie de l’histoire, cette règle d’or sonnerait comme une motion de censure contre la politique de Nicolas Sarkozy qui a creusé tous les déficits. En 2012, le déficit du budget de l’Etat atteindra près de 150 milliards d’euros. Sur ces 150 milliards de déficit, 40 milliards existaient avant l’élection de Nicolas Sarkozy en 2007. Environ 50 seraient dus à la crise financière et 60 milliards à la seule politique du gouvernement Sarkozy, du bouclier fiscal à la baisse de la TVA dans la restauration.

 

Le déficit est l’enfant bâtard de la droite, un mélange de choix idéologiques et de rémunérations de ses clientèles électorales. Le bouclier fiscal coûtait entre 15 et 20 milliards d’euros. La suppression de l’ISF va diviser par près de 2,5 ce qu’il rapporte, selon Thomas Piketty, passant de 4,1 à 1,8 milliards. La suppression de la TVA sur la restauration coûte 3 milliards d’euros par an pour un résultat dérisoire. Et puis il faut débusquer toutes les niches fiscales créées par la droite. Prenons la niche Copé, celle qui exonère d’impôt sur les sociétés les plus-values engrangées en cas de vente d’une filiale ou de titres de participation détenus depuis plus de deux ans. Elle a représenté un manque à gagner de 3,4 milliards d’euros en 2007, 12,5 milliards en 2008 et 6,1 milliards en 2009. Soit un total de 22 milliards d’euros sur trois ans. Il y a une corrélation évidente entre les politiques libérales menées partout dans le monde – faisant chuter le taux moyen d’imposition des sociétés de 38% en 1993 à 26% en 2008 – et l’explosion des déficits. La droite doit assumer sa progéniture mal née prénommée déficit. Elle ne peut l’abandonner à l’assistance publique de la nation sous forme d’une règle d’or.

 

Je m’oppose à la règle d’or car elle signifie la fin des choix politiques. Voter pour la règle d’or, c’est déchirer sa carte d’électeur et faire croire qu’il n’y a qu’une seule politique économique possible. Tout ça, c’est le vieux monde, celui de la domination de l’économie sur la politique, celui qui s’est écroulé en 2008. Je propose au contraire de retrouver le pouvoir de choisir. La réduction des déficits est impérative. La dette est l’ennemie de la gauche car elle obère le futur et entrave l’action ; car elle nous contraint, comme Papandréou en Grèce et comme je l’ai fait dans mon Département de Saône-et-Loire, à mener des politiques que nous n’avons pas choisies, dictées seulement par l’état de nos finances. C’est pourquoi je propose un pacte de désendettement. Un pacte choisi et assumé et non une règle subie et intouchable. Un pacte car les efforts doivent être partagés. Il commencera par une réforme profonde de la fiscalité, inspirée des travaux de Thomas Piketty, pour mettre fin aux cadeaux fiscaux qui grèvent le budget de la nation. Les efforts se poursuivront par une réforme de la fiscalité des entreprises qui permet aujourd’hui à Total de payer 8% d’impôt sur les sociétés quand les PME payent plus de 33%. Elle sera complétée par une réforme complète des niches fiscales. Ces choix sont des orientations politiques, ils appartiennent aux Français et à eux seuls.

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  1. AUTRE FAUTE POLITIQUE, LA DÉRÉGULATION DU DROIT DU TRAVAIL:
    QUAND PEYRELEVADE PRÉCÈDE ET INSPIRE HOLLANDE…

    En apprenant que Jean Peyrelevade soutiendra François Hollande comme candidat présidentiel dès les primaires, nul doute que de nombreux socialistes auront une raison de plus de ne pas élire ce dernier:
    De Hollande, ils savaient déjà que son conseiller JP Jouyet était l’inconsolable pleureuse du NON en 2005 qui devint secrétaire d’état du gouvernement Fillon avant d’être nommé par Sarkozy à la tête de l’autorité des marchés financiers (on a tous vu avec quelle autorité…).
    Ils savaient également de Hollande qu’il avait, sans barguiner, récupéré la mauvaise graisse des Strauss-Kahniens les plus déboussolés rappliquant chez lui, sous la houlette de Moscovici, celui que le PS Hollandais avait désigné pour une explication de vote mémorable à l’assemblée: les socialistes ne voteraient pas contre le traité de Lisbonne (on a vu depuis tout le bien que ça nous a fait…).
    Voilà maintenant que Peyrelevade, ce père-la-rigueur dont même le Modem n’a pu s’accomoder, amène à Hollande ses casseroles ultra-capitalistes. Ainsi, dans son dernier livre, nous livrait-il déjà ses pensées politico-sociales en dépeignant le dangereux laxisme d’un gauchiste bien connu, sous le titre « Sarkozy: l’erreur historique ». Parmi ces idées:
    - un pouvoir politique nouvellement élu, d’inspiration prétendument libérale, prétendument favorable à l’entreprise, prétendument décidé à restaurer la compétitivité de notre appareil productif, proclamant à juste titre que les 35 heures furent une faute gigantesque, ce pouvoir-là serait passé à l’acte s’il avait été conséquent. Un article de loi de trois lignes aurait suffi à mettre fin à notre singularité: « La durée effective du travail et sa rémunération relèvent d’accords contractuels ente employeurs et salariés. L’une et l’autre sont fixées par des accords de branche ou d’entreprise. » (p.127)
    Et, plus loin, pour mieux enfoncer le clou:
    - La première mesure consiste à libérer le travail…je veux dire le libérer vraiment en mettant fin aux trente-cinq heures, sans avoir à payer pour cela des milliards d’euros d’argent public. On a vu ce qu’était la solution: il suffit de renvoyer au dialogue contractuel entre partenaires sociaux les décisions relatives à la durée du travail et surtout à sa rémunération, point sur lequel Nicolas Sarkozy, tout à sa volonté de distribuer du pouvoir d’achat, demeure figé. Ne resteraient comme instruments centraux, interprofessionnels, à la main de l’exécutif et/ou du législateur, qu’une durée maximale du travail qui serait d’ordre public (aujourd’hui 48 heures par semaine en vertu d’une directive européenne) et le SMIC. (p.169)

    Ce genre d’idée n’est sans doute pas tombé dans l’oreille d’un sourd, chez les sociaux-démocrates, à en juger par une proposition récente de Hollande.
    Un à qui la dite proposition n’a pas échappé, et que cela va réconforter dans le sentiment d’avoir quitté le navire à temps, s’est exprimé dans de récents billets sur son blog à ce sujet:

    (Blog de Jean-Luc Mélenchon, 15 juin)
    - FRANÇOIS HOLLANDE VEUT CONSTITUTIONNALISER LE DIALOGUE SOCIAL. Il le proclame dans « Le Monde » daté du 15 juin. Cette soudaine poussée de réforme constitutionnelle pour quelqu’un qui est par ailleurs partisan du maintien de la cinquième république mérite attention. Je remarque, en lisant son texte, l’habituelle mise à l’index de la grande révolution de 1789 dont seraient sortis tant de maux, c’est bien connu. Et de tous, le pire, celui d’avoir désigné pour unique souverain le peuple, considéré comme un tout. Hollande note donc fielleusement : « Dans un pays comme le notre, qui depuis la révolution se méfie des corps intermédiaires, cette évolution ne va pas de soi » En effet, et tant mieux ! Reste que cette envie de réforme constitutionnelle est sans doute destinée à mettre en scène son identité de social-démocrate. Mot creux, s’il en est un, dans les conditions politiques de la France. Mais l’adjectif en France n’a pas du tout le sens qu’il a dans le nord de l’Europe. L’étiquette est seulement un marqueur de bon aloi. Elle permet de signaler, à qui de droit, un goût extrême pour le compromis. On sait comment fini ce genre de crédo : le compromis devient souvent une fin en soi, indifférente au contenu sur lequel s’accordent les parties prenantes. C’est précisément cela que François Hollande propose.
    La CONSTITUTION DEVRAIT GARANTIR À L’AVENIR une véritable autonomie normative aux partenaires sociaux. (…) Concrètement le gouvernement et le parlement seraient juridiquement liés par le contenu de conventions signées entre partenaires sociaux sur des sujets bien précis et après vérifications des mécanismes de représentativité ». Aucun républicain, me semble-t-il, ne peut être d’accord avec une telle idée. Avant de dire pourquoi, je commence par noter que ce n’est pas le plus urgent en matière d’édiction des normes sociales dans notre pays. La première tâche est de rétablir la hiérarchie des normes détruite par Nicolas Sarkozy. Il s’agit de redonner aux accords de branche la primauté sur l’accord d’entreprise. Et aussi d’interdire les conventions de gré à gré dérogatoires à ces accords que les lois de monsieur Xavier Bertrand ont rendues possibles. Résumons, pour tous ceux qui sont un peu éloignés des subtilités de cette matière. Cela signifie qu’il faut mettre le droit qui s’applique aux travailleurs à l’abri du rapport de force toujours plus défavorable quand il s’organise en face à face, de patron à employé, que lorsqu’il se construit à l’échelle de la branche d’activité, niveau auquel les syndicats sont plus forts et organisés. Que Hollande ait oublié cela ne me rassure pas. Mais je lui accorde le bénéfice du doute sur ses intentions réelles.
    POURQUOI REFUSER CETTE IDÉE QUE L’ACCORD entre « partenaires sociaux » s’impose aux assemblées et au gouvernement ? Pour cela voyons comment les choses se passent aujourd’hui. Lorsqu’un accord est signé et qu’il comporte une modification du code du travail ou d’un quelconque régime général d’obligations, cet accord est soumis au parlement pour recevoir force de loi. Dès lors son contenu bénéficie à l’ensemble des travailleurs. Cette méthode combine donc démocratie sociale et démocratie parlementaire. Elle fait que dans notre pays 90 % des travailleurs bénéficient par extension des avantages négociés. Et comme aucun accord ne peut être inférieur à l’existant garanti par la loi, la situation est meilleure en France qu’ailleurs et notamment dans les pays de la divine sociale démocratie. En effet dans ces pays, on ne bénéficie de l’accord que si l’on est membre du syndicat qui a signé et, ce n’est pas rien, si le patron est membre du syndicat patronal qui a signé. Dans ces conditions 25% des bienheureux travailleurs du Danemark, qui ne connaissent pas la « méfiance des corps intermédiaires » comme les Français, ne bénéficient d’aucune convention collective. Hollande oublie d’en parler. Donc une fois l’accord négocié, il arrive devant le parlement. Que se passe-t-il ? Le plus souvent fonctionne un petit chantage que j’ai bien connu sur mon banc de sénateur : « vous devez voter sans toucher à rien car c’est un compromis ». Pas question.
    J’AI TOUJOURS RÉCUSÉ CET ARGUMENT. Je disais : « cet accord concerne deux parties prenantes. Ici je représente la tierce partie, c’est-à-dire la société tout entière qui n’était pas à la table de la négociation ». Cela ne voulait pas dire que pour finir je ne votais pas le texte proposé. Mais cela impliquait d’affirmer que personne n’est au dessus du peuple souverain tout entier et que l’intérêt général résulte de l’action législative et non de la négociation particulière. Je crois que c’est là toute la différence entre un régime de corporation et la République. Hollande prétend le contraire. La loi, qui s’applique à tous, serait faite dans le rapport de force d’une négociation entre salariés et patrons. On se contenterait de vérifier la représentativité des contractants ? Et la conformité au reste du droit ? Et l’intérêt général ? Et le soutien en dernier recours du législateur de gauche à ses camarades en entreprise pris à la gorge par un rapport de force défavorable ? Tout cela est balayé d’un revers pour une trouvaille de communication. Le parlement, déjà abaissé par la constitution de la cinquième République, serait transformé en chambre d’enregistrement des rapports de force de la lutte de classes ! Bonjour la modernité !

    (Suite: Blog de Jean-Luc Mélenchon, 28 juin)
    - FRANÇOIS HOLLANDE EST-IL PRIS AU SÉRIEUX ? A l’heure où le PMU des primaires démarre et où il est si bien placé par les bookmakers médiatiques, je m’interroge. En effet, dans une précédente note de ce blog, j’ai pointé un texte publié dans « Le Monde » sous sa signature et passé totalement inaperçu. Son contenu méritait pourtant débat. Le candidat socialiste y faisait une proposition spécialement bouleversante pour notre droit social et la hiérarchie des normes dans notre pays. « Il s’agirait désormais de reconnaître un domaine à cette même négociation collective, en précisant son périmètre comme son champ d’intervention, et en conditionnant la conclusion d’accords au respect des règles majoritaires. Concrètement, le gouvernement et le Parlement seraient juridiquement liés par le contenu de conventions signées entre partenaires sociaux sur des sujets bien précis et avec la vérification des mécanismes de représentativité. » Le contrat au dessus de la loi ! J’y vois une régression terrible et lui une belle avancée vers le sacro saint horizon européen que les socio libéraux de cet acabit ne se donnent même plus le mal de localiser comme si toute l’Europe était au diapason de leurs lubies. « Voilà une avancée qui nous rapprochera des grandes démocraties européennes en matière sociale. » pétarade François Hollande. Sans sous estimer l’impact d’une telle révolution. « Cette modification constitutionnelle devrait avoir, en matière de démocratie sociale, le même impact que les lois de décentralisation dans l’organisation de notre démocratie territoriale. »
    QUELQU’UN A DÛ LUI SOUFFLER que c’était sans doute un peu trop d’un coup sans précaution. C’est pourquoi il se sent tenu de reconnaitre que le rapport de force dans l’entreprise et l’intérêt général ne se recoupent pas toujours. Mais, bien sûr, la phrase est assortie d’un bon coup dans les tibias dans le souvenir de la grande révolution de 1789, éternelle détestation de cette gauche là. Une chose et son contraire. Le fameux balancement circonspect, figure centrale de la pensée des élèves de l’ENA. « L’Etat doit rester le garant de la cohésion nationale et de l’ordre public social mais il n’a rien à redouter de laisser une plus grande place aux partenaires dans la définition et l’élaboration des normes sociales. Dans un pays comme le nôtre qui, depuis la Révolution française, se méfie des corps intermédiaires, cette évolution ne va pas de soi, d’autant que souvent, c’est la loi qui protège et la liberté des acteurs qui menace, les rapports de force ne peuvent pas se substituer à la règle commune. » Il est curieux que personne n’ait réagi. J’ai donc pris ma plus belle plume pour donner mon avis et je suis parti en quête d’un journal que le thème pourrait intéresser au point de prendre le débat. Ce fut « la Tribune », quotidien économique qui prit en charge l’idée. Et Alain Madelin me fit le contre point. Voici le meilleur : Alain Madelin approuve et soutient l’idée de François Hollande, « expressis verbis » comme dirait Michel Denisot qui parle le latin comme on le sait.
    VOICI LE BREVET DE LIBÉRALISME attribué par Alain Madelin à François Hollande. « Mettre la société en mouvement », telle est pour François Hollande la mission du prochain président de la République. » relève l’ancien ministre libéral. « L’expression (empruntée à Jacques Delors) est heureuse» souligne-t-il. « À rebours des tonitruantes annonces du retour de l’État, elle fixe le cap d’une société civile plus libre et plus responsable. » La suite du satisfecit accordé à la trouvaille de François Hollande mérite le détour. On y apprend l’origine du concept et les raisons des applaudissements de Madelin. « Pour cela, écrit Alain Madelin, François Hollande propose d’inscrire une véritable autonomie normative pour les partenaires sociaux dans la Constitution. En clair, donner force de loi aux contrats conclus sous certaines conditions par les partenaires sociaux. La proposition n’est pas nouvelle. Longtemps défendue par les libéraux, elle a été au cœur de la « refondation sociale » esquissée en 1999 par les partenaires sociaux. C’est dire qu’elle dépasse aujourd’hui les clivages politiques. Son retour sur la scène politique est bienvenu car la refondation du droit social est nécessaire. » On devine dans quels sens Alain Madelin voit l’évolution nécessaire. Dans le sens proposé par François Hollande.
    MADELIN DONNE LES PISTES OPÉRATIONNELLES pour agir juridiquement «En fait, cette démarche refondatrice se rattache plus volontiers à l’article 34 de notre Constitution. Celui-ci délimite le domaine de la loi en distinguant suivant que la loi » fixe les règles » dans certaines matières – par exemple, les crimes et délits – ou qu’elle » détermine les principes fondamentaux » dans d’autres matières, par exemple le droit du travail. Une application plus stricte de cet article au domaine du droit du travail suffirait à libérer l’espace contractuel de cette refondation sociale. Elle permettrait de parfaire un mouvement engagé depuis longtemps avec les lois Auroux de 1982 (supériorité de l’accord collectif sur la loi), la loi Fillon de 2004 (extension de la capacité de dérogation entre accords différents), jusqu’à la loi du 20 août 2008 sur la durée du travail. Ce faisant, la refondation sociale ouvre le chantier d’une refondation juridique plus vaste qui touche à la nature du pouvoir et au rôle de la loi. » Je n’admets pas que, sur le plan des principes, les lois Auroux soient mises sur le même plan que les lois Fillon et Bertrand qui vont dans le sens inverse. En effet l’accord collectif visé par Auroux, capable d’être appliqué à la place de la loi, ne peut l’être qu’à la condition d’être plus favorable aux travailleurs. Cette obligation n’existe plus dans les deux autres exemples cités.
    J’EN VIENS À MES ARGUMENTS. Donc, pour réhabiliter le dialogue social, François Hollande veut l’inscrire dans la Constitution. Son idée revient à instituer l’Etat corporatif. En effet il propose de doter les « partenaires sociaux », autrement dit les patrons et les représentants des salariés, d’ »une véritable autonomie normative ». Avec des conséquences très lourdes: «le gouvernement et le Parlement seraient juridiquement liés par le contenu de conventions signées entre partenaires sociaux ». Les conclusions d’une négociation privée de gré à gré entre patronat et syndicats pourraient s’imposer à tous avec force de loi. Le contrat serait au dessus de la loi. Le peuple ne serait plus souverain pour fixer les normes du droit social. Cette chimère tournerait au désavantage de la République et des acquis des salariés. Elle amplifierait le dumping social au détriment des entreprises elles-mêmes.
    CETTE TROUVAILLE N’EST PAS NEUVE. Lors de la primaire socialiste de 2006, Dominique Strauss-Kahn avait dénoncé « une trop grande confiance accordée à la loi pour régler les problèmes ». Il voulait laisser « une plus grande part au contrat ». Au mépris de l’institution républicaine, ce point de vue méconnait aussi la réalité de notre temps. Le contrat est basé sur la négociation d’un rapport de force. Aujourd’hui celui-ci est dominé par la pression dérégulatrice de la mondialisation. Laquelle pousse à la baisse du coût du travail en jouant sur l‘individualisation des rapports sociaux et le retrait de la régulation législative. Dans ce contexte l’obligation d’en passer, pour finir, par le vote de la loi est un appui essentiel pour les salariés et leurs syndicats. Mais aussi pour les petites entreprises qui ont avec le législateur un recours contre les abus de position dominante des grands groupes qui leur sous traite le travail de surexploitation. Oter ce recours c’est méconnaitre l’histoire du droit social en France qui n’a cessé de vouloir l’affranchissement du travail de la logique du contrat. Lacordaire en a résumé le principe : « entre le fort et le faible, entre le riche et le pauvre, entre le maître et le serviteur, c’est la liberté qui opprime, c’est la loi qui affranchit. ».
    AUCUNE DES GRANDES CONQUÊTES SOCIALES n’est venue d’un compromis entre partenaires sociaux. Toutes sont issues du couple de la lutte et de la loi. L’encadrement du travail des femmes et des enfants au 19ème siècle, c’est la loi. L’indemnisation des accidents du travail en 1895, la généralisation des retraites ouvrières et paysannes en 1910, c’est la loi. La création des congés payés et la semaine de 40 heures en 1936 c’est la loi. La création des comités d’entreprises et de la sécurité sociale à la libération, c’est la loi. L’instauration du salaire minimum en 1950, les 39 heures et la retraite à 60 ans en 1981, c’est encore la loi. Tout comme les 35 heures en 1997. Et quand la gauche a créé les conventions collectives en 1936, elle l’a fait pour renforcer les garanties posées par la loi. Ce fut le principe de faveur. Il veut qu’aucun contrat ne puisse déroger à une norme supérieure de manière défavorable au travailleur. D’ailleurs, c’est là où la loi avait laissé trop d’espace aux contrats d’entreprises que l’application des 35 heures a parfois pu se faire au détriment des travailleurs.
    SANS IRONIE: HOLLANDE DEVRAIT SE SOUVENIR DE JOSPIN. De 1997 à 2002, son gouvernement a défendu le primat de la loi face aux tentatives du MEDEF d’imposer un nouvel ordre social par le contrat. Il refusa en juin 2000 d’agréer le projet de Convention sur l’assurance chômage pourtant négocié par les partenaires sociaux avec l’accord de deux centrales syndicales représentatives (CFDT, CFTC). Fruit d’un rapport de force défavorable, cette convention réduisait drastiquement l’indemnisation du chômage et prévoyait un système de sanction des chômeurs appelé PARE. Hargneux, le MEDEF suspendit sa participation à la gestion de l’assurance chômage. Jospin défendit sa décision, en désaccord avec la proposition actuelle de François Hollande : « je refuse que les contrats reçoivent une valeur plus grande que la loi. Cela signifierait que l’intérêt particulier aurait une valeur supérieure à la loi, alors que la loi est l’expression de la souveraineté du peuple. Cette conception, je la combattrai politiquement et au nom d’une certaine vision de la République. » Hollande propose d’y renoncer.
    EST-CE UNE BLAGUE CORRÉZIENNE ? Hollande ici est à la suite de Chirac. En janvier 2000, celui-ci appelait à « mieux reconnaître la valeur du contrat, y compris, si nécessaire, sur le plan constitutionnel ». Il en est résulté la loi Villepin de « modernisation du dialogue social » de janvier 2007. Sous couvert de meilleure association des partenaires sociaux, c’est le pouvoir du Parlement qui était déjà entravé. Ce renforcement du contrat face à la loi est une constante du programme de la droite et du patronat depuis des années. Nostalgique du XIXème siècle où le contrat réglait entièrement les relations sociales, le MEDEF milite activement pour un renversement de la hiérarchie des normes. Ce fut le cœur de la « refondation sociale » initiée par Seillière. Depuis 1986, c’est en permettant aux contrats de déroger à l’ordre public social garanti par la loi, que la droite a fait reculer le droit du travail. C’est toujours grâce à des failles contractuelles dans le droit social, que le patronat a pu imposer plus de flexibilité et moins de sécurité aux travailleurs. En 2008, Sarkozy et Xavier Bertrand sont allés encore plus loin dans leur réforme du temps de travail en permettant à des accords d’entreprise de déroger aux garanties légales plus favorables. Pourquoi continuer leur travail ?
    L’ORDRE PUBLIC SOCIAL RÉPUBLICAIN repose sur une hiérarchie des normes où chaque échelon n’est autorisé qu’à améliorer l’offre du précédent. Primo la loi, secundo la convention collective, qui peut-être meilleure que la loi, et tertio l’accord d’entreprise, qui peut-être meilleur que la convention collective. S’il n’est pas possible de procéder dans l’autre sens, c’est parce qu’en République on suppose que tout découle de l’intérêt général incarné par la loi. Du coup, les Français font aussi par exemple de leur ministre du travail celui de la santé au travail. Ils montrent ici que la société a un intérêt propre, distinct de celui du patronat, et même de l’appréciation de chaque travailleur. Ce bon droit de la société vient de loin. L’investissement réalisé par l’Etat dans la formation du travailleur, dans l’implantation de l’entreprise, tout ceci est arbitré au nom de l’intérêt général et donne des droits à la société sur l’entreprise. De son côté celle-ci bénéficie de la bonne administration de la société qui lui permet de trouver une main d’œuvre qualifiée, en bonne santé et capable d’acheter les biens produits. Le progrès social est le moteur du progrès économique. Il ne doit pas être abandonné aux rapports de forces dans les corporations. Le modèle républicain de l’ordre public social et sa façon d’articuler démocratie sociale et démocratie parlementaire doit être amélioré. Pas aboli.

    (Conclusion: Blog de Jean-Luc Mélenchon, 8 juillet):
    - Comme les directions syndicales n’ont fait aucune réaction sur le sujet et les fédérations patronales non plus, j’en déduis que je suis le seul à lire « Le Monde » où le seul à prendre au sérieux ce que dit François Hollande.
    J’EN ÉTAIS LÀ DE MES PENSÉES quand vient le point de presse du MEDEF. Madame Parisot s’émerveille des progrès formidables accomplis pour le nombre d’accords et de négociations conclues avec les syndicats. Hum. Mais ce n’est pas mon sujet. Car tout soudain, elle se réjouit de nouveau à bouche que veux-tu. Car selon la chef des patrons, « s’il y a un nouveau pas à franchir dans le dialogue social, c’est celui de la constitutionnalisation du dialogue social ». « C’est ça le mot-clé, le concept qui permettrait à la France d’être à la pointe de la modernité sociale », a-t-elle dit pour enfoncer le clou. L’AFP a fait le lien que je me désespérais de voir jamais ! « M. Hollande, candidat à la primaire socialiste pour la présidentielle, avait estimé le 15 juin que « la Constitution devrait garantir à l’avenir une véritable autonomie normatives aux partenaires sociaux ». Hurrah ! Le débat peut commencer, non ? Ca va être rock and roll car après Alain Madelin et Laurence Parisot, notez qu’un nouveau partisan de l’état corporatif imaginé par François Hollande vient de se prononcer pour cette trouvaille régressive. Il s’agit du secrétaire de la CFDT, François Chérèque. Celui-ci, à son tour, vient de souhaiter que la Constitution « reconnaisse l’existence et le rôle des partenaires sociaux ». Du coup madame Parisot doit se sentir moins seule. De joie, elle rend à César ce qui lui revient. Non sans rappeler les droits d’auteur de l’organisation patronale. Elle s’est donc félicitée que M. Hollande ait « repris une proposition de « Besoin d’air », le manifeste du Medef, publié en 2007″. Et vous ça vous fait quel effet ce genre de convergences ? Besoin d’air ?

  2. il est clair que ce blog devienne cencer.mais les travailleurs sont devenus minoritaires pas les pauvres .alors les droits au travail et du taravail s’évanouissent . SARSO sent bien qu’il faudrait que les gens consomment plus mais avec quel argent? travailler plus oui déja les contrats mitemps auraient bien voulu ce ne fut même pas le cas.oui on peut se demander pourquoi les grandes centrales syndicales ne réagissent pas plus les gens sont devenus tellement égoistes la télévision qui inculque la pensée unique et voila comment fout le camp les acquis d’une révolution une royauté républicaine élue par le peuple parce que la politique est devenue un métier sous tutelle capitaliste

  3. Pouvons-nous espérer vous voir à cette assemblée convoquée, vous qui êtes classé deuxième dans la liste des députés les moins assidus ? Je suis de gauche mais ait beaucoup de mal à comprendre votre présentation à candidature à la fonction présidentielle alors que ne réalisez pas ce pour quoi vous avez été élu.

    Si moi, salarié dans une entreprise, je suis aussi assidu que vous l’êtes dans votre fonction de député, il y aurait longtemps que mon patron m’aurait viré.

  4. depuis longtemps je tire dans le même sens.si comme tous les français j’ai un peu espéré après mai 1981 j’ai très vite compris que ce n’était pas pour demain le grand soir.la gauche s’est aventurée sur des terrains que n’osait pas même la deoite de l’époque et cela sous le regard bien veillant des syndicats.il était interdit de bouger.aujourd’hui plus que jamais la démocratie est menacée dans ce pays et les français apparaissent plus que jamais désintéresser.pire même alors qu’enfin un parlementaire ose attaquer de front un système antisociale du xixème siècle des sympathisants de gauche prètent attention aux ragots des presses à scandale nous ne sommes pas encore arrivés.je suis d’accord avec lui le combat ne se gagnera pas aux assemblées nationales.il en faudra du temps pour que les gens comprennent enfin ton combat arnaud.mais vous êtes jeune et ces attaques prouvent que vous êtes sur la bonne voie.

  5. s’est tellement vrai, interdire le déficit est l’arrêt de mort de l’état providence, on fait comment quand il y a une crise financière pour arrêté l’hémorragie avec ça? Impossible, sarko essaye de faire un cadeau empoisonné a ses successeurs..

  6. Environ 50 seraient dus à la crise financière et 60 milliards à la seule politique du gouvernement Sarkozy, du bouclier fiscal à la baisse de la TVA dans la restauration.

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