Home » 15 ans d'action politique » « Je crois nécessaire de reprendre ma liberté »

« Je crois nécessaire de reprendre ma liberté »

Capture d’écran 2014-08-25 à 19.05.29

 

Conférence de presse d’Arnaud Montebourg le 25 août 2014 à Bercy.

La France et l’Europe vivent une crise sans précédent depuis celle de 1929, grave, destructrice et longue. Il n’est pas excessif de dire que cette crise, dont le reste du monde est totalement sortie à l’exception de l’Europe, est devenue l’une des conséquences de choix politiques erronés supportés par les citoyens européens, à raison de décisions des pouvoirs publics européens comme la Banque centrale européenne, la Commission européenne ou les Etats membres que nous sommes. 

Il est désormais établi, connu, acquis et partagé que les politiques d’austérité, de hausse d’impôts ou de réductions excessives des dépenses publiques décidées par les gouvernements sont aujourd’hui la cause de la prolongation et de l’aggravation inutile de la crise économique et des souffrances – elles aussi inutiles – de la population européenne. 

Aujourd’hui, le monde entier nous presse, nous supplie même de faire cesser ces politiques d’austérité absurdes qui continuent d’enfoncer la zone euro dans la récession et bientôt dans la déflation. Des économistes sérieux et distingués, des dirigeants d’institutions internationales, des chefs de gouvernement, anciens et actuels, des ministres du monde entier participent à ce concert de condamnation internationale de nos politiques. Ces erreurs, ces obstinations erronées et cet entêtement absurde a ouvert dans de nombreux pays européens des questionnements, des débats ainsi que l’expression –  y compris à l’intérieur des Parlements et des gouvernements – des désaccords. 

Ma lourde responsabilité comme ministre de l’Economie est de chercher et de dire la vérité, de constater avec l’honnêteté attachée à l’exercice de haute fonction comme la mienne, que non seulement ces politiques d’austérité ne marchent pas, mais qu’en plus d’être inefficaces elles sont injustes. 

En effet, sans croissance les politiques de réduction des déficits aboutissent précisément à la non-réduction des déficits et sont donc une absurdité financière. Car en plombant la croissance, elles empêchent par la chute de l’activité la réalisation de leurs propres objectifs.

Il faut donc avoir le courage intellectuel et politique de dire que les politiques d’austérité aggravent les déficits là où elles devraient précisément les réduire. Mais en plus d’être sans effet, elles sont injustes car elles frappent les classes populaires et moyennes sous forme de hausses d’impôt qui n’ont pas pourtant de responsabilité dans la crise, plombent leur pouvoir d’achat, et les jettent dans le rejet de leurs dirigeants politiques, de la construction européenne et dans les bras des partis extrémistes destructeurs de notre République. Car poursuivre et s’entêter dans cette voie conduirait assurément à mettre en risque la République, sa solidité et son devenir.

Ma particulière responsabilité comme ministre de l’Economie est de proposer donc des solutions alternatives ; oui ! Il existe un autre chemin, d’autres choix possibles pour la France et pour l’Europe. 

Voici deux années durant, je me suis battu pour convaincre inlassablement, j’ai adressé au chef de l’exécutif des notes, des lettres accompagnées d’expressions privées et publiques, pour tenter de convaincre et adjurer le président de la République de refuser pour notre pays les mesures excessives qui risquaient d’abimer et d’affaisser notre économie. 

Aujourd’hui, si je n’ai pas réussi à convaincre, les résultats sont là. Les faits économiques sont têtus et probants, la France est à l’arrêt et le chômage continue sa dangereuse progression pendant que partout ailleurs, hors d’Europe, il baisse et pendant que l’activité dans ces autres pays, de la croissance de l’activité économique progresse spectaculairement. 

Nous avons donc une responsabilité éminente et collective d’interrompre ce coulage de l’économie par l’austérité. Si aucune inflexion dans les décisions n’est prise, si aucune correction n’est décidée, ce sont alors des chômeurs en plus que nous pourrions éviter, des entreprises en faillite en plus, des drames sur les territoires en plus qui relèveraient dès lors de notre propre et lourde responsabilité. 

Comme ministre de l’Economie, ma loyauté vis-à-vis des Français est de dire, après l’avoir dit les yeux dans les yeux depuis des semaines et des mois au Conseil des ministres, dans la collégialité du gouvernement et aux chefs, au pluriel, de l’exécutif : la gravité de la situation est de tenter de faire arbitrer les solutions alternatives qui me paraissent modérées, équilibrées, raisonnables et compatibles avec les grandes orientations qui ont été jusqu’ici décidées. 

Dans toute communauté humaine, il est naturel qu’il y ait des désaccords. Dans toute démocratie, il est normal qu’il y ait des débats. L’autorité issue du suffrage universel a pour fonction d’abriter les débats, les organiser sans crainte, elle n’a pas pour fonction de les restreindre ou de les empêcher. 

C’est donc avec la fierté du devoir accompli, avec le sens des responsabilités qui m’ont été confiées, que j’ai indiqué cet après-midi à monsieur le Premier ministre que s’il jugeait que je me trompais, s’il jugeait que mes convictions étaient contraires aux orientations du gouvernement qu’il dirige, dans ce cas, je croyais nécessaire de reprendre ma liberté, tout comme il accepte de me la rendre. 

J’adresse depuis Bercy à Aurélie FILIPPETTI, ministre de la Culture et Benoit HAMON, ministre de l’Education nationale mes remerciements pour leur soutien et leur affectueuse solidarité et engagement dans l’épreuve. Ils ont eux aussi fait le choix de leur conviction et de leurs idéaux. Je vous embrasse tous deux. 

Saint-Augustin avait écrit : « la crainte de perdre ce que l’on a nous empêche d’atteindre ce que l’on est ». Pour ma part, je n’ai jamais ressenti la moindre crainte à défendre mes convictions d’homme engagé, même sous le costume ministériel, et je crois avoir simplement lutté pour être resté fidèle à ce que je suis, à ce que je crois et aux Français qui m’ont adressé leur confiance. 

Que vais-je faire de cette liberté retrouvée ? Je vais prendre exemple sur Cincinnatus, ce général romain qui préféra quitter le pouvoir pour retourner à ses champs et à ses charrues. Je vais, puisque je n’ai pas de mandat et ne m’apprête pas à en solliciter d’autres, retourner travailler parmi les Français, comme eux, et continuer à défendre là où je serai, là où je me trouverai, ce que je crois être juste pour la France. L’une des grandes causes nationales pour laquelle je continuerai à militer au quotidien, vous vous en doutez, parmi les Français, ce sera bien sur le « made in France ». Vive le redressement productif de l’économie française, vive la République et vive la France.

Mots clés:
Publication précédente
Publication suivante
the_content();

233 Réactions

  1. Nous ne reconnaissons plus la gauche!
    Réformer n’est pas régresser !
    Le gouvernement fait discrètement et régulièrement passer l’idée de culpabilisation pour les chômeurs !
    Des gens même hautement diplômés (bac + 6 ou + 7) cherchent avec angoisse du travail qui n’existe pas !
    Et un gouvernement de gauche semble être capable de passer en force une loi réduisant les prestations des chômeurs ! sait on au gouvernement ce qu’est être en situation de chômage ,même après des années de travail et des années d’études difficiles ?
    Ceci est un scandale, et marquerait la fin des croyances en le PS! c’est plus qu’un scandale ;c’est une faute très grave !
    Réformer n’est pas régresser !

  2. On le monte quand ce nouveau parti socialiste français qui ne soit pas  » à la botte » de la politique d’austérité de l’Allemagne!? On étouffe en France! Cela passera aussi par une bonne réforme immobilière! Bon Courage!

Laisser une réponse

Votre adresse email ne sera pas publiée.Les champs obligatoires sont marqués *

*

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>

Haut de page
loading