Catégorie : Tribune

jan 12 2012

Une victoire lente mais certaine de la démondialisation

La difficulté n’est pas de comprendre les idées nouvelles mais d’échapper aux idées anciennes », écrivait Keynes en 1936, alors qu’une génération nouvelle d’intellectuels, d’économistes et de politiques réussissaient à imposer des solutions inédites pour sortir du libéralisme qui avait mené à la Grande Dépression. Nous vivons le même genre d’aveuglement quatre-vingts années plus tard : soumission stupide de la politique aux marchés, conception anachronique de la Banque centrale, qui pourrait régler sans douleur le problème de la dette mais refuse par dogmatisme de le faire, multiplication moutonnière et dangereuse des plans d’austérité. Comment échapper aux idées anciennes qui nous détruisent?

 

Nous sommes habitués en France à ce que toute idée neuve comme la démondialisation subisse le même chemin de croix. Elle est d’abord caricaturée, piétinée… Puis les vieilles certitudes se fissurent et les conservateurs passent soudain avec armes et bagages dans l’autre camp. Ainsi Bruno Le Maire, Christian Estrosi, Laurent Wauquiez viennent de se rallier à leur tour à un protectionnisme « moderne », ajoutant leurs voix à celle de François Bayrou qui a fait du « made in France » le thème de sa campagne, et rejoignant à bride abattue le « patriotisme industriel » de François Hollande.

 

À droite comme à gauche, le protectionnisme raisonné est en passe de devenir un objet du consensus national. Il se fonde sur l’idée que le libre-échange sans règle est un échec pour les économies anciennement industrialisées et la politique de l’euro fort un suicide industriel. Le bilan de cette double erreur que l’Europe est la seule à avoir commise dans le monde (conjuguer une monnaie forte non régulée et des frontières totalement ouvertes) est la perte de 750.000 emplois industriels en France en dix ans et la montée des extrémismes. Pendant que nous nous entêtons dans nos erreurs, la démondialisation a commencé partout ailleurs, calmement, sans faire de bruit.

 

Les présidentes des Républiques du Brésil et de l’Argentine ont annoncé leur volonté commune de protéger le Mercosur (le marché commun sud-américain) de la concurrence déloyale, parce que cela va de soi. Le Brésil taxe déjà les entrées de capitaux sur son territoire et vient de mettre en place une taxe additionnelle de 30 points sur les véhicules dont la production n’est pas à 65 % effectuée sur son territoire ou dans le Mercosur. Tous les constructeurs, notamment européens, viennent d’annoncer des implantations d’usines sur place. La hausse des coûts de transport, qui représentent désormais jusqu’à 25 % ou 30 % des matières premières industrielles, contribue à ce choix. Délais de livraison, risque de retards, nécessité de maintenir des stocks ou qualité douteuse poussent des industriels à relocaliser. Pendant ce temps, les Chinois surtaxent les importations de véhicules, afin d’accélérer les délocalisations à leur profit. Plus généralement, la Chine a décidé de ne plus se contenter d’être l’atelier du monde, le spécialiste des productions à faible valeur ajoutée. Foxconn, géant taïwanais de l’électronique, sous-traitant d’Apple, Nokia ou Sony, cherche à remonter la « chaîne de valeur ». À la fabrication et l’assemblage s’ajoutent désormais le design et la recherche. Le phénomène est plus marqué encore aux États-Unis. Ford, Caterpillar et General Motors ont choisi d’investir désormais sur le sol américain. US Block Windows, fabricant de fenêtres en Plexiglas, a relocalisé sa production aux États-Unis à cause des délais.

 

En France, ce sont les industriels qui réévaluent les délocalisations contre l’avis des pouvoirs publics : des opticiens Atol, en passant par les skis Rossignol et les jouets Meccano, les relocalisations se multiplient. En Saône-et-Loire, Qooq vient de relocaliser depuis la Chine une unité de fabrication de tablettes tactiles plus créatives et innovantes, plus performantes et moins chères que l’iPad d’Apple fabriquée par Foxconn en Chine.

 

D’autant que si l’économie se transforme, la société change aussi. Les hommes et les femmes veulent vivre « à l’échelle humaine ». Ils n’acceptent plus la dégradation de l’environnement au nom du productivisme. Pour toutes ces raisons, la mondialisation est un système du passé, un vieux cadavre à la renverse, aurait dit Sartre.

 

Il reste que l’ordre ancien résiste. Les gardiens heureux de la mondialisation répètent avec la foi du charbonnier « on ne peut rien contre » sans voir que tous les pays du monde, et surtout les plus ouverts ont décidé de recentrer leurs efforts sur leur propre capacité productive et de défendre leur propre responsabilité écologique. Loin d’être un projet de fermeture, la démondialisation est au contraire celui d’une France et d’une Europe qui se réindustrialisent, plutôt qu’un territoire qui consomme les produits fabriqués ailleurs dans n’importe quelles conditions. Un territoire ouvert à toutes les entreprises qui viendront y produire. L’Europe doit protéger ses industries par des mesures protectionnistes et les soutenir par une politique industrielle vigoureuse. Elle a enfin le moyen d’être concrète et utile aux peuples.

 

Ce patriotisme industriel, c’est le retour de la gauche parmi ceux qu’elle a pour mission de défendre, ouvriers, techniciens, employés, ingénieurs… Défendre le travail et son prix le salaire, la créativité, la protection sociale, le savoir-faire et l’intelligence productive appartient à la tradition de la gauche. Le protectionnisme raisonné doit être son instrument. Il contient un droit à la prospérité pour tous les peuples. En ce sens, la démondialisation est l’internationalisme du nouveau siècle.

 

À cette démondialisation, Marine Le Pen n’a rien compris. Elle rêve de miradors autour des frontières et accuse tantôt les « esclaves » chinois d’ôter le pain de la bouche des Français, tantôt les immigrés de leur prendre leur travail. Nous, nous imaginons les règles d’un monde plus juste pour tous, au nord comme au sud. Mais qu’elle soit prévenue que : nous ne lui abandonnerons pas les perdants de la mondialisation, nous serons sur sa route avec nos valeurs de protection du travail et des travailleurs qui n’ont que cela pour vivre.

 

(tribune parue dans La Tribune du jeudi 12 janvier 2012, p. 22)

oct 19 2011

Lettre à celles et ceux qui m’ont fait l’honneur de me soutenir

Paris, le 19 octobre 2011

 

Chères amies, chers amis,
Chères et chers volontaires,

Je tenais après les événements de la semaine passée à vous remercier pour votre engagement personnel dans cette magnifique campagne qui nous a permis de faire changer le visage de la gauche en France.

Dans cette campagne, à force d’idées et de convictions, nous avons remporté ce qu’il y a de plus prometteur en politique : le combat culturel. Nous avons non seulement imposé nos idées, ainsi que les mots pour les dire, et surtout cette idée que nous pouvions, ensemble, à gauche, rouvrir le champ des possibles. Nous avons, pied à pied, lutté contre les idées que les droites ont pendant si longtemps distillées dans le débat public, qui avaient contaminé nos têtes d’hommes et de femmes de gauche, selon laquelle la France ne serait rien et que nous ne pourrions rien faire dans la mondialisation. Nous n’avons pas gagné arithmétiquement mais gagné culturellement. C’était une étape nécessaire et essentielle. Elle a été franchie grâce à vous.

Je sais votre engagement personnel et les heures passées dans cette campagne, et tenais à vous en remercier personnellement et chaleureusement.

Beaucoup d’entre vous m’ont fait part de leur sentiment d’incompréhension, et pour certains d’entre vous d’abandon, dans le choix qui fut le mien de refuser de donner des consignes de vote, et de décider de voter François Hollande « à titre exclusivement personnel ». Lire la suite »

juil 07 2011

« C’est une révolte ? – Non, Sire, c’est une révolution fiscale ! »

 

 

Socle de la citoyenneté dans notre pays, l’impôt représente un des piliers du pacte républicain qui unit les Français. De l’épisode révolutionnaire à l’épreuve de la Première Guerre mondiale, l’impôt a toujours été au cœur de choix décisifs pour l’avenir de la nation. L’échéance présidentielle de 2012, dans le contexte bouleversé de l’après-crise, constitue indéniablement un tournant pour notre pays que nous ne saurons négocier sans repenser l’outil fiscal sous tous ses aspects.

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mai 13 2011

L’élection se gagnera au peuple

Depuis quelques jours une note de réflexion de la Fondation Terra Nova suscite de vifs débats. Un article d’un grand quotidien du soir a en effet révélé au grand public les prescriptions du think tank présidé par Olivier Ferrand. Mon analyse diffère radicalement de celle de la note de Terra Nova.

 

Je suis élu d’un département industriel et agricole, frappé par la désindustrialisation, par la précarité, par le recul de l’Etat… Je n’oublie pas qu’il y a encore, en France, 60% d’ouvriers et d’employés, même en ayant perdu depuis 1983, 2,5 millions d’emplois industriels. Même si les catégories populaires s’abstiennent massivement aux élections régionales, cantonales ou européennes, je n’oublie pas que le taux de participation a été massif en 2007 parmi elles comme dans l’ensemble du pays. Je n’oublie pas que leur vote est déterminé par la capacité ou non de la gauche à répondre aux causes et conséquences de la mondialisation. La clé de la victoire pour la gauche, dans l’avenir proche comme sur le long terme, c’est le lien qu’elle doit renouer avec ces classes populaires.

 

La gauche ne peut pas se contenter d’être une « non-droite », un corps mort attendant l’alternance ou l’effet essuie-glaces. Le dernier livre d’Eric Dupin le démontre : la France est fatiguée et même meurtrie par la mondialisation. C’est pour représenter cette France majoritaire, périphérique, des zones rurales ou des banlieues, cette France de la jeunesse précaire, cette France qui paye cher son logement, son pavillon, passe toujours plus de temps dans les transports, que je suis candidat aux primaires populaires de la gauche. L’alliance à bâtir c’est celle des perdants de la mondialisation et des créateurs, tous ceux qui veulent un projet alternatif.

 

Oui, l’élection se gagnera au peuple sur des sujets concrets : la réponse à la désindustrialisation, l’égalité entre les hommes comme entre les territoires, la préférence pour les salariés plutôt que pour les actionnaires… Il faut parler aux classes populaires et les associer à un grand projet de transformation. C’est la seule solution pour donner à la gauche les clés de l’action dans la durée…

 

Arnaud Montebourg

avr 22 2011

Appel à la gauche de transformation pour enterrer le 21 avril


Quand nous voterons pour les primaires, les 9 et 16 octobre, cela fera 9 ans qu’avec beaucoup d’entre vous, nous avons entamé la marche de la rénovation de la gauche et de sa pensée.

 

Passé de rénovateur

La décrépitude du Parti Socialiste jusque et y compris au Congrès de Reims a confirmé les analyses du NPS, pourtant observées à l’époque avec condescendance. Qui peut dire que les combats d’hier n’étaient pas pertinents ? N’avions-nous pas vu l’écroulement idéologique de notre famille politique, son enlisement dans un entre-soi et ses manœuvres d’appareils ? Aujourd’hui, plus que jamais, après tant d’années d’immobilisme, de conservatisme et d’opportunisme, il faut faire naître une nouvelle offre politique. Lire la suite »

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