Home » campagne présidentielle 2012 » « Mourir pour le Yuan ? » : un livre à lire, une analyse à partager, une incitation à changer…

« Mourir pour le Yuan ? » : un livre à lire, une analyse à partager, une incitation à changer…

Dans un ouvrage qui parait ce jour, Jean-Michel Quatrepoint pose une série de questions aussi pertinentes intellectuellement qu’urgentes politiquement.

La perspective historique adoptée par Jean-Michel Quatrepoint dans son analyse séduira évidemment l’honnête homme mais elle éclairera les responsables politiques sur les choix qui leur incombent. Non, ce n’est pas être « sinophobe » que de constater que la Chine, pays à la fois immense et grand, a une stratégie qui lui est propre, a une vision mondiale, que l’on peut comprendre, qui va parfois contre les intérêts de sa propre population (regardons d’un peu plus près le destin de millions de travailleurs pauvres venus des campagnes) et qui a des implications concrètes dans nos vies quotidiennes. Comprendre ce grand pays n’équivaut pas à se soumettre à tous ses désidératas quand il ne s’agit pas de ses diktats.

Le premier diktat chinois c’est la sous-évaluation du Yuan. Alors que ce pays est entré dans l’OMC il y a tout juste dix ans sans aucune contrepartie, les dirigeants européens et américains n’osent qu’à peine évoquer la sous-évaluation de la monnaie chinoise.

La Chine a des buts : elle doit accumuler un maximum de réserves financières. Pékin a ses impératifs internes : consolider sa classe moyenne et augmenter sa demande intérieure mais aussi et on l’oublie trop souvent, faire face à son propre vieillissement (la politique de l’enfant unique ayant eu des avantages économiques mais qui pourraient se retourner contre elle). Pékin a aussi ses objectifs extérieurs : devenir une grande puissance diplomatique et militaire. Ses objectifs, nous pouvons les comprendre. Reste à savoir si nous voulons les subir.

L’Europe se devait d’être l’outil de notre protection. Pour que l’Europe existe, il faut qu’elle ait conscience d’elle-même. Je constate que, bien souvent, la France pense plus européen que bien de ses partenaires. Et c’est là que l’analyse de la stratégie allemande est intéressante. La droite allemande, bien davantage que le SPD ou Die Linke, encourage une stratégie du cavalier seul dictée par une démographie déclinante. Il nous faut avoir un dialogue de vérité avec l’Allemagne. Non, nous n’avons pas intérêt à suivre le modèle allemand : le temps partiel et la précarité y sont en développement exponentiel. Ajoutons que les effets de la hausse de l’euro sont plus dommageables pour nos exportations que pour celles de l’Allemagne. Il nous faut donc inciter l’Allemagne à retrouver le chemin de la solidarité européenne… Est-ce trop lui demander ?

Le livre de Jean-Michel Quatrepoint est donc éclairant. Stratégies allemande et chinoise, analyse méticuleuse de nos difficultés, il me semble que cet ouvrage mérite une lecture attentive. Notre pays doit trouver un autre chemin.

Après tout, notre pays, dans son histoire, n’a jamais pour ambition de dominer le monde, juste d’être… libre. Notre problème est qu’il y a toujours eu des forces, les féodaux, prompts à s’allier avec un Empire pour leur intérêt particulier. La finance, voilà l’ennemi !

Dans cette campagne pour les primaires citoyennes, j’ai fait le choix de dire la vérité : il faut cesser d’être naïfs. L’internationalisme n’a rien à voir avec la soumission totale à la seule loi économique qui prime depuis trop longtemps : celle de la jungle. C’est par internationalisme conséquent que je défends le projet d’une Nouvelle France, qui vise à redresser la tête face à la finance et à bâtir son propre avenir.

Mots clés:
Publication précédente
Publication suivante
the_content();

18 Réactions

  1. Nos Soeurs Les Baleines

    Petite reponse a Capucine a transmettre aux blogueurs:
    faire la promo d’un livre a 2 Euro dans un but mercantile: franchement, faut trouver mieux comme angle d’attaque…

    Toujours des ronchons dans ce pays.

    Il ne repond pas a leur prose?
    Et alors?
    On s’en bat les bollocks!
    Tu esperes quoi d’un blog creer par un leader politique? un chat 24/24?
    L’important, c’est de diffuser ses idees a travers les medias, afin de reequilibrer le temps de parole dicte par les laquais.

    Merci Mediapart.

    PS: lis son bouquin, et qui sait, tu trouveras peut-etre des reponses a tes questions.A condition bien evoidemment que le cout du bouquin ne fasse exploser ton budget vacances.

  2. Nos Soeurs Les Baleines

    Montebourg chez Bourdin:

    PROPOSITION

    DEMONSTRATION

    CQFD.

    SCOLIE.

    ou L’Ethique en Politique.

    Intervention cotoyant la Perfection.
    Vivement que le debat face a face avec les Pachydermes ait lieu.

    A visionner absolument, Amis Citoyens Responsables.

    http://www.bfmtv.com/video-infos-actualite/detail/bourdin-2012-arnaud-montebourg-1665124/

  3. Depuis au moins 1949, transforme sous nos yeux en sel’Occident avec à sa tête les EUA, n’a cessé de se moquer de la Chine sous-développée et misérable. Mais voilà t’y pas que ce grand pays se développe et taille des croupières aux ci-devant démocraties occidentales arrogantes et dictatoriales. Ce qui ne les empêche nullement de remuer encore et toujours la sempiternelle menace chinoise. Je croyais que la démocratie était la panacée à préserver de tous les maux…Force est de constater qu’il n’en est rien!

  4. pourquoi les delocalisations sont un probleme mais pas les delocalisations locales (baisse des salaires, hausse de chomeur=baisse des revendications salariales, baisse de la securité et des droits des travailleurs etc…). pourquoi l’un est probleme et l’autre une « chance » pour la france. chance d’ailleurs qui touche que notre pays mais pas le pays d’origine des travailleurs.

  5. MOURIR POUR LE YUAN ? (et l’EuroMark)

    D’UNE GLOBALISATION À L’AUTRE
    Il y a plus d’un siècle, le monde a connu une première mondialisation… qui s’est effondrée avec la Première Guerre mondiale.
    A l’époque, il ne manquait pas de bons esprits, à gauche comme à droite, pour prédire la fin des nations, et donc la fin des guerres… grace à l’internationalisation des échanges, des marchés et des capitaux, facilitée par les nouvelles technologies et les moyens de communication. Les tenants de la mondialisation ne se recrutaient pas seulement dans les rangs de la classe dominante, des capitalistes, mais aussi au sein de la gauche, Jean Jaurès reprenant une partie des analyses d’Angell.
    Voilà ce qui n’est pas sans rappeler notre seconde mondialisation.
    Cette seconde mondialisation, amorcée depuis un quart de siècle, reproduit les mêmes erreurs. D’abord, on a poussé les feux du libre-échange jusqu’à l’absurde. Au nom du « toujours plus loin, toujours moins cher », les multinationales ont massivement délocalisé leur production là où la main d’oeuvre est la moins chère.
    Une fois de plus, les idéologues de la globalisation ont pêché par naïveté. Ils n’ont pas compris que les nations – et leur incarnation, les Etats -, loin d’avoir été dissoutes dans le libre-échange, s’en trouvaient renforcées. Ils ont compris trop tard que la Chine entendait prendre sa revanche de l’humiliation subie au XIXe siècle [et l'Allemagne, au XXe (cf plus loin)].

    LA CHINE…
    Rétrospectivement, on peut dire que les Chinois ont réussi là où les Japonais ont partiellement échoué.
    Ils ont été particulièrement bien placés pour examiner la manière dont les Américains ont mis le Japon à genoux en 1985, à l’hotel Plaza, à New York.
    À l’époque, les déficits commerciaux américains avec le Japon s’envolent. Tokyo est accusé de maintenir artificiellement bas le taux de change du yen, pour engranger des excédents commerciaux et accroître ses parts de marché. Ce qui n’est pas faux. Tokyo se retrouve seul sans alliés au sein du système de pouvoir américain.
    Au Plaza, les japonais sont donc contraints par les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et la France, de laisser le yen se réévaluer. En quinze mois, sa valeur par rapport au dollar va doubler. Un évènement dont le pays ne se relèvera jamais.
    Les Chinois ont étudié en détail ces épisodes monétaires et en ont tiré une conclusion: « Les Américains ne nous feront pas le coup qu’ils ont fait au Japon ».

    De fait, Péking exerce désormais une sorte de fascination sur Berlin…
    L’Allemagne et la Chine sont les deux usines du monde, parfois concurrentes. Le plus souvent complices. « La Chine est en quelque sorte l’établi du monde, et les Allemands livrent les outils », selon la belle formule des chercheurs de l’IFRI.
    Oui, l’Allemagne a une stratégie. Tout comme la Chine. Et elles se ressemblent. Les deux pays ont, chacun à sa manière, soif de revanche. L’Allemagne a perdu deux guerres. Elle a été, aprés 1945, mise au banc de l’humanité. Trois générations plus tard, le temps de la repentance est terminé.
    L’Allemagne, ainsi que la Chine… doivent faire face au même phénomène: le vieillissement trés rapide de leur population. Avec des taux de fécondité qi ne permettent pasle renouvellement des générations. Avec la perspective de coûts gigantesques pour la grande dépendance. Pour ces pays, il s’agit donc d’engranger le maximum de recettes à l’exportation, afin de mettre de côté les sommes nécessaires pour payer demain les retraites, et aprés-demain la grande dépendance.
    Tous deux ont appuyé leur stratégie mercantiliste en indexant leur monnaie sur celle de leurs principaux clients. La Chine sur le dollar. Et l’Allemagne avec l’euro.

    L’ALLEMAGNE…
    Hostiles à l’origine à l’abandon du mark, les Allemands ont fort habilement récupéré la monnaie unique à leur avantage. Avec l’euro, il n’y avait plus de risque de dévaluation compétitive de la part des autres pays européens, à commencer par la France. En dix ans, grace à l’euro, l’industrie allemande s’est refait une santé sur le marché européen. En y exportant, mais aussi en y prenant les parts de marché, et en éliminant de fait les concurrents potentiels.
    Ses industriels ont dû retrouver un nouvel HINTERLAND. La diplomatie allemande s’est alors employée à reculer plus à l’Est les frontières de l’Europe. Pologne, Tchécoslovaquie, Hongrie… puis pays Baltes, etc. Sans parler de la Yougoslavie qui éclate à la suite de la reconnaissance unilatérale de la Croatie par Berlin.
    L’industrie allemande tient son nouveau Hinterland. Elle va y investir massivement (environ deux cent milliards d’euros), notamment l’industrie automobile. Elle y trouve une main d’oeuvre de qualité, dans des monnaies qui ont tendance à se dévaluer face au mark, puis à l’euro.
    Les délocalisations y ont été légion.

    … À DEUX VITESSES
    [En Allemagne], le salaire minimum n’existe pas pour les activités de services, commerce, artisanat ou l’agriculture. C’est le revers de la médaille…
    Selon une étude de l’Institut du travail de l’université de Duisbourg, 6,5 millions de personnes, soit 20% des travailleurs, touchaient en 2010 moins de dix euros de l’heure, dont deux millions moins de six euros. Le coût des services à la personne (le coiffeur est payé 5 à 6 euros de l’heure), souvent exercés par des immigrés, est bien moins élevé en Allemagne que dans la plupart des pays européens. Ce qui a rendu moins pénible la stagnation du pouvoir d’achat des autres classes moyennes. La baisse des prix de l’immobilier a, elle aussi, permis aux ménages allemands de se loger à bon marché.
    Voilà qui explique que la population allemande et les syndicats aient jusqu’à présent accepté cette politique de rigueur salariale et que l’Allemagne soit tellement obsédée par l’inflation. Que les prix dérapent, que les services et l’immobolier s’envolent, que l’alimentation devienne plus chère, et c’est tout le consensus autour de la stratégie mercantiliste qui risque d’éclater!
    Si l’Allemagne engrange des excédents commerciaux lui permettant de limiter ses déficits publics, si les entreprises accumulent les bénéfices, une partie de la population, elle, a été décrochée. En termes statistiques, on définit la classe moyenne allemande comme les ménages ayant entre 70% et 150% du revenu médian (1940 euros par mois pour une famille avec deux enfants). En 2000, 62 % de la population allemande entraient dans cette catégorie. En 2006, ils n’étaient plus que 54%. La différence, soit 8%, correspond aux ménages tombés dans la trappe à pauvreté.

    Le modèle allemand fait désormais florès, à telle enseigne qu’on veut l’imiter partout: à Paris comme à Washington. Sans comprendre toujours que les réussites de la Chine et de l’Allemagne tiennent à une alchimie particulière, à une stratégie mercantiliste qui ne peut réussir qu’à une condition: que les autres, les clients, ne fassent pas la même chose.

  6. IL s’agit, bien sûr, ci-dessus d’extraits du livre de Jean-Michel Quatrepoint dont l’auteur du blog nous avait parlé…

Laisser une réponse

Votre adresse email ne sera pas publiée.Les champs obligatoires sont marqués *

*

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>

Haut de page
loading