Nous voulons une autre Europe, solidaire et volontaire

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mer 18 avr 2012

(tribune parue dans le journal Libération le mercredi 18 avril / également consultable sur le site du quotidien)

Nous représentons trois générations de militants et responsables de gauche. Trois générations aussi de républicains inquiets de l’Europe telle qu’elle va, ou plutôt telle qu’elle ne va pas.

En 2005, nous avons refusé le traité constitutionnel au nom d’une Europe plus offensive et moins naïve dans la mondialisation. Depuis, la réalité a hélas dépassé nos craintes. Elus de territoires industriels, nous vivons les effets de l’investissement timide, de la concurrence rigide, de la politique monétaire fautive, de la stratégie commerciale passive.

Pro-européens convaincus mais alter-européens résolus, nous voulons que l’Europe soit la puissance solidaire et volontaire qu’attendent les peuples. C’est pour que le changement en France rende possible le changement en Europe que nous nous engageons aux côtés de François Hollande.

En 2007, le candidat sortant avait promis de se battre pour une Europe qui protège. Ont suivi cinq ans de renoncements face à l’ultra-libéralisme et à l’hyper-austérité sur le continent.

L’agenda social et les enjeux commerciaux n’ont pas été inscrits à l’ordre du jour de la présidence française de l’UE en 2008, pas plus qu’ils n’ont été abordés au G20 que M. Sarkozy présida en 2011.

Les pactes « de compétitivité » et « pour l’euro plus », conçus par le président français et la chancelière Merkel, ont imposé le versant libéral du modèle allemand : pseudo-règles d’or dans les constitutions des Etats, désindexation des salaires sur les prix, retraite progressivement reculée à 67 ans, harmonisation de l’impôt sur les sociétés vers le moins-disant. En revanche, ont été ignorées des solutions, positives celles-là, éprouvées outre-Rhin tels que le financement des PME ou la formation des salariés.
Même approche pour le « Traité de stabilité » adopté à l’initiative des droites franco-allemandes : tout pour l’austérité, rien contre la récession et le chômage. Qu’elle étrangle le peuple grec ou asphyxie l’Espagne n’ébranle pas leur dogmatisme.

Face à cette panne d’Europe, l’élection de François Hollande est d’intérêt général européen.

Parce que son projet vise à dépasser le Oui et le Non de 2005 sur la base d’une synthèse dynamique. Parce qu’il sait que sans relance de gauche, l’Europe libérale ne fera que renforcer les inégalités sociales et géographiques.

François Hollande renégociera et complètera l’accord européen pour combattre la crise et préparer l’après-crise. Dès son élection, il proposera à nos partenaires un pacte de responsabilité, de gouvernance et de croissance : coordination des politiques économiques pour des projets d’infrastructures énergétiques, de transport et de santé ; fonds européen face aux marchés avec la Banque centrale européenne ; euro-obligations pour financer les grands chantiers et mutualiser une partie des dettes souveraines ; reprise en main du secteur bancaire ; réciprocité commerciale face au dumping ; politique du taux de change pour en finir avec l’euro cher qui plombe les entreprises européennes. Afin de relever ensemble ces défis, François Hollande proposera un traité d’amitié dans l’égalité entre la France et l’Allemagne. Cinquante ans après le texte de l’Elysée signé par De Gaulle et Adenauer, il symbolisera la nouvelle espérance européenne.

De son côté, le candidat sortant agite les peurs : « vous n’y arriverez pas ». Ce n’est pas parce qu’il a déserté la cause de l’Europe et échoué à changer la vie des Européens qu’il doit interdire à la gauche de vouloir réussir.

Au fond, ce qu’il dit importe peu. Déterminante, en revanche, est la mobilisation des citoyens – et d’abord à gauche – à l’heure où peuvent bouger les lignes et où la gauche européenne a tiré les leçons de l’expérience.
A la fin des années 1990, le libéralisme était triomphant. Aujourd’hui, les solutions régulatrices et interventionnistes sont portées à tous les échelons : par les socialistes français et leurs alliés, par le SPD allemand, par le Parti socialiste européen. A gauche en Europe, tous en conviennent : nous vivons une crise de système et non de conjoncture.

En 1997, rares étaient les dirigeants à considérer que l’Europe faisait fausse route. En 2012, alors qu’une nouvelle crise financière est possible et que l’Union compte 25 millions de chômeurs, la prise de conscience se généralise. Certes, face à l’urgence, les dirigeants européens ont accepté les conditions dictées par les conservateurs allemands pour tenter de juguler la spéculation. Les pays qui avaient le couteau sous la gorge n’ont guère eu le choix. Quant à M. Sarkozy, il les a acceptées sans ciller, commettant à nos yeux sa plus lourde faute. Si la réduction de l’endettement ne fait pas débat – il en va de la souveraineté du politique face aux marchés –, le consensus grandit pour admettre que l’austérité généralisée relève du suicide collectif et non du plan de sauvetage. La dette ou la diète n’est pas une alternative.

Pour s’enclencher, la réorientation européenne doit être portée par un pays et un responsable profondément attachés à la construction européenne. C’est le cas de la France, pays fondateur dont les choix furent souvent des avant-gardes. C’est le cas de François Hollande, militant inlassable de l’unité des Européens, qui sait que les révoltes doivent trouver un débouché politique dans les réformes. Changer d’Europe suppose d’être sérieusement à gauche et d’une gauche sérieuse.

Droite austéritaire ou gauche de croissance ? Le choix de l’élection présidentielle ne concerne pas 43 millions d’électeurs français, mais un demi-milliard de citoyens ou futurs citoyens en Europe. Une fois encore, pour une Europe de progrès, la France a rendez-vous avec l’Histoire.

Jean-Pierre Chevènement, président d’honneur du Mouvement Républicain et Citoyen (MRC).
Arnaud Montebourg, député PS de Saône-et-Loire
Guillaume Bachelay, Vice-président PS de la Région Haute-Normandie

Revue de presse

27
lun 02 avr 2012

Ce week-end, Arnaud Montebourg est revenu sur les enjeux de cette campagne présidentielle dans deux interviews accordées à la presse écrite :

- l’une accordée au Journal Du Dimanche ;

- l’autre accordée au journal Sud Ouest.

Il est également intervenu sur BFM TV 2012 pour y représenter François Hollande. La vidéo de l’émission est disponible en ligne en cliquant ici.

Le texte des deux entretiens à Sud Ouest et au JDD est disponible ci-dessous.

  Lire la suite »

Discours au meeting de François Hollande à Nice

20
mer 28 mar 2012

DISCOURS D’ARNAUD MONTEBOURG

AU MEETING DE FRANCOIS HOLLANDE

A NICE LE 28 MARS 2012

 

Seul le prononcé fait foi

 

 

 

Chacun ressent à quel point dans sa vie quotidienne ces dix dernières années se sont traduites par une augmentation en flèche des difficultés de vivre :

- les fins de mois difficiles qui commencent le 15 du mois ;

- l’impossibilité de trouver du travail pour ses enfants ou les jeunes de son entourage ;

- il y a ceux qui font leurs courses au supermarché avec la calculette à la main parce qu’ils sont à l’Euro près ;

- il y a ceux qui ne se soignent pas ou plus parce qu’ils ne peuvent plus assumer les restes à charge ;

- il y a les professeurs qu’on ne remplace plus dans les collèges et les lycées.

 

Ce sont là des scènes de la vie quotidienne pour tous les français.

Mais ce n’est pas seulement sa propre vie qui chute, c’est aussi la France qui se défait et se délite. Un pays qui fut grand mais que ses dirigeants on laissé choir…

Nous allons donc devoir affronter trois crises en même temps.

La crise financière : celle de la finance qui est venue du droit absolu pour les banques de faire n’importe quoi. Celle qui a conduit les contribuables à secourir les banques, celle qui a amené les plans d’austérité contre les populations, qui nous plongent en récession.

La crise de la mondialisation : celle qui détruit notre industrie, qui accélère les délocalisations, qui tire le coût du travail à la baisse et fait triompher le travail low cost. C’est elle qui rogne le pouvoir d’achat, une économie du chantage qui prend nos salariés, ouvriers, cadres en otages pour leur faire renoncer aux droits sociaux.

La crise climatique : celle qui nous oblige à décarboner l’économie, celle qui nous contraint à nous libérer du pétrole en cours d’épuisement et à faire l’apprentissage d’un nouveau mode de vie.

Contre ces trois crises, y a-t-il une seule mesure sérieuse prise contre elles ces dernières années ?

Les banques font toujours ce qu’elles veulent et continuent à spéculer contre les Etats plutôt que financer l’économie. Ce sont les banques qui imposent aux gens des plans de renflouement avec l’argent des contribuables.

Et aujourd’hui, les plans d’austérité sont pour les populations quand les plans de sauvetage sont pour les banques ! Avec François Hollande, nous proposons l’inverse.

Partout le système financier a imposé sa loi injuste sur l’économie : le pouvoir ne lève pas le petit doigt. La désindustrialisation s’accélère, les fonds de pension financiers dont les centres de décisions sont à 10.000 km ont pris le pouvoir sur notre économie et délocalisent comme on joue au bonneteau.

Abott – Dijon, Honeywell – Condé sur Noireau, Goodyear – Amiens, Albany – Limoges, M Réal – Val de Reuil, Rio Tinto – Saint Jean de Maurienne, Lafarge – Frangey.

Voici que ce sont des usines rentables et profitables qu’on ferme pour les implanter hors d’Europe pour chercher le prix du travail low cost.

Avec François Hollande, nous proposons que la politique reprenne le contrôle et soit plus forte que l’économie financière.

Quant à la dépendance au pétrole, à part les colloques, les Grenelle, les Commissions, y a-t-il eu des mesures permettant d’éviter les chutes de pouvoir d’achat déjà vécues en 2008, liées à ces chocs pétroliers répétés que nous connaissons ?

Avec François Hollande, nous proposons un programme ambitieux de transition énergétique et écologique.

Notre stratégie pour sortir de la crise, c’est de reprendre le pouvoir sur la finance qui nous a précipité dans celle-ci.

C’est de soumettre à l’intérêt public, à l’intérêt national, à l’intérêt des citoyens européens, le système financier, les banques, les agences de notation, les paradis fiscaux, les hedge funds, par des mesures draconiennes au plan national et européen.

Nous allons séparer les banques en deux, en cloisonnant les activités de collecte de l’épargne et les activités sur les marchés financiers. Nous interdirons certaines activités spéculatives et fermerons leurs filiales dans les paradis fiscaux.

Nous allons créer avec l’épargne abondante des Français, une banque d’investissement destinée à financer avec les Régions les PME et leur permettre de se développer et de s’agrandir.

Nous allons par la taxe sur les transactions financières faire payer par le système financier les dettes constituées dans la crise pour le renflouer.

Mais notre stratégie de redressement du pays, notre stratégie de sortie de crise, c’est d’abord notre projet de réindustrialisation du pays qui unira dans une mobilisation nationale inédite et historique, les forces sociales, les forces économiques et les forces politiques.

Tous les pays du monde qui ont su résister dans la crise ou qui s’en sortent sont ceux qui ont tourné le dos aux idées libérales, ont permis à la politique de reprendre le pouvoir sur l’économie. Ce sont ceux qui n’ont pas eu peur d’intervenir, de réglementer, de diriger, de sanctionner.

Nous allons utiliser tous les moyens pour reconstituer dans tous les secteurs industriels une force productive et compétitive qu’on vient de laisser mourir.

Nous ferons comme la gauche dans l’Amérique du Nord du Président Obama, dans l’Amérique du Sud de la présidente du Brésil, Dilma Roussef, de la présidente de l’Argentine, Cristina Kirchner, qui viennent d’engager un mouvement de relocalisation des activités industrielles sur leur territoire à coup de taxes sur les importations déloyales.

Dans son programme « Bring jobs home », « Ramener les emplois à la maison », Barack Obama vient d’obtenir de General Electric le rapatriement depuis la Chine vers les Etats-Unis, d’une usine de chauffe-eau à Louisville de 2.000 employés, de Ford une usine de 2.000 emplois, de NCR une usine de fabrication de distributeurs automatiques de billets à Colombus de 870 emplois, des usines de fabrication de casques audio, de poêles à bois et combien d’autres encore.

Nous allons faire de même.

Nous allons faire de même et préparer nos multinationales qui détruisent des emplois sur le sol national, essorent leurs sous-traitants, n’y paient presque plus d’impôts et partent faire des investissements à 10.000 km, à ce que les produits fabriqués sans le respect des normes sociales et environnementales soient taxés au plan européen.

C’est là, la clé de la réindustrialisation.

 

* *

*

 

Chacun mesure ainsi le poids, le prix, la nécessité de la réorientation de l’Union Européenne que nous défendons avec François Hollande, afin que l’Europe organise enfin la défense des intérêts vitaux des Nations et des peuples, plutôt que la protection des intérêts des banques, des marchés et de la mondialisation actuelle.

Aujourd’hui, les droites en Europe n’ont que l’austérité à proposer. Pour notre part, nous défendons la croissance. Nous proposons une stratégie de croissance.

Face à la droite européenne de l’austérité, nous unissons les gauches européennes pour la croissance.

Déjà, nos deux partis, le Parti Socialiste Français et le SPD Allemand, ont signé une déclaration d’action commune qui propose un autre chemin pour nos peuples européens.

Une autre politique, une autre stratégie que celle de la récession et l’austérité généralisée qui justifie la renégociation du Traité budgétaire aujourd’hui exclusivement orienté vers la punition des Etats et des peuples, alors que ces derniers sont innocents de toute responsabilité dans la crise.

Ce programme de croissance européenne est ambitieux:

- Allègement des dettes publiques par une taxe sur les transactions financières qui fera participer les responsables de la crise à ses coûts, qui rapportera 200 milliards de recettes ;

- Participation du secteur financier privé à l’assainissement des dettes des Etats ;

- Harmonisation des impôts sur les sociétés pour éviter le dumping fiscal et l’aggravation des délocalisations ;

- Création d’un salaire minima en fonction des revenus en vigueur dans les pays de l’Union ;

- Normes minimum applicables aux prestations sociales ;

- Nouvelle politique commerciale extérieure imposant des normes sociales et environnementales dans nos échanges avec le reste du monde ;

- Euro bonds pour financer la transition énergétique en Europe, programme qui a créé 35.000 emplois en Allemagne. Cette proposition fait écho avec celle de François Hollande d’isoler 1 million de bâtiments afin d’économiser l’énergie.

 

Déjà le message de la renégociation proposée par François Hollande est entendu partout, attendu partout :

Le SPD allemand vient d’exiger des contreparties de croissance à la discipline budgétaire demandée par Mme Merkel. Le débat de ratification du traité budgétaire sera reporté en Allemagne.

En Europe du sud, en Espagne, la droite espagnole n’arrive pas à infliger à sa population ce qu’elle signe chez Mme Merkel. Elle espère secrètement la victoire de François Hollande.

Aux Pays-Bas, en Autriche, les difficultés du programme austéritaire s’accumulent.

La France du 22 avril ne parlera pas que pour elle-même mais aussi pour les européens qui espèrent et attendent autre chose que de vivre sous l’idéologie dangereuse et stupide des ultras de la droite allemande soutenue par Nicolas Sarkozy.

Voilà ce qu’est le changement en Europe.

Un autre choix est entre vos mains.

Celui de réarmer la République, reconquérir notre souveraineté perdue, ensevelie sous la domination des forces de la finance, dont le sarkozysme n’est ni plus ni moins que l’agent d’influence, le fondé de pouvoir des banques et des marchés financiers.

Je veux remercier François Hollande, le candidat étincelant du Bourget, qui lui fait face avec force et solidité, avec détermination et tranquillité, avec simplicité et humanité.

Je veux remercier François Hollande d’avoir engagé la France dans la transition économique, la transition industrielle, la transition écologique, la transition européenne avec des idées nouvelles, avec des solutions nouvelles et avec des générations nouvelles.

Joignez votre force individuelle à notre force collective.

Joignez vos espoirs aux nôtres.

Joignez votre désir de changement à celui que nous portons.

Ne vous dispersez pas.

Ne vous éloignez pas.

Engageons-nous ensemble pour le changement.

Car le changement, c’est maintenant !

 

Madame Merkel poursuit une politique égoïste

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mar 27 mar 2012

Frankfurter Allgemeine Zeitung – Mardi 27 mars 2012 – Interview d’Arnaud Montebourg, député socialiste français

FAZ: Vous proposez la démondialisation. Qu’est-ce que cela veut dire?

La démondialisation c’est d’abord la modération de la mondialisation. C’est-à-dire que l’on doit arriver à une régionalisation de l’économie mondiale où les grands ensembles continentaux vont continuer de commercer, mais vont le faire de façon plus raisonnable. A cause de l’explosion des coûts de l’énergie, des coûts de transport et de la fiscalité environnementale comme la taxe carbone, le monde va devoir organiser un modèle économique où le lieu de consommation va se rapprocher de lieu du production. On ne pourra plus avoir des entreprises qui vont chercher les pays low cost sur le prix du travail pour réimporter dans le pays où le pouvoir d’achat reste élevé en raison du bon niveau des salaires et de la protection sociale. Ce modèle n’est pas viable. La montée d’un protectionnisme modérateur est donc inéluctable dans le monde.

 

FAZ : C’est souhaitable selon vous ?

Oui, c’est inéluctable et nécessaire. Parce qu’un modèle qui exploite le coût du travail low cost mais qui ne rémunère plus ses salariés ne peut plus écouler sa production. Henry Ford, disait « je paie bien mes salariés parce que je veux qu’ils achètent mes voitures Ford ». La situation contraire d’aujourd’hui conduit à la crise de la mondialisation, car il n’y a plus assez de salaires distribués dans le monde pour consommer ce que les économies produisent. La démondialisation est aussi souhaitable parce que la mondialisation est un facteur d’excès et de déséquilibres. Les pays qui sont excédentaires doivent servir de relais de croissance pour les pays déficitaires et surendettés. Sinon les pays excédentaires ne pourront plus exporter à personne parce qu’ils perdront leurs débouchés.

 

FAZ : Voulez vous réformer l’OMC ?

Il faut surtout réorienter la politique commerciale de l’Union Européenne. Nous ne pouvons pas réindustrialiser l’Union Européenne si nous n’avons pas la capacité de nous protéger. Les présidents Kirchner, en Argentine, et Roussef, au Brésil, ont décidé de taxer à l’entrée de leurs pays les biens d’équipement ménagers, particulièrement les produits Apple. Apple a décidé de construire des usines au Brésil et en Argentine. C’est aussi ce que fait le Président Obama.

 

FAZ : Qu’est ce que cela veut dire pour la Chine ?

Le premier devoir des Européens est de s’unir pour rétablir les termes de l’échange déficitaire vis à vis de la Chine excédentaire : la France comme l’Allemagne ont toutes deux 20 milliards de déficit avec la Chine. La Chine avec ses 2000 milliards de dollars d’excédents ne pourra pas continuer à nous prendre nos technologies, faire son shopping dans les entreprises Européennes, délocaliser nos outils de travail et prendre nos parts de marchés en cassant nos prix grâce à un modèle économique fondé sur le quasi-esclavage et la dictature.

 

FAZ: Vous voulez forcer les consommateurs à acheter un Nokia au lieu d’un iPhone?

Vous pourrez acheter un iPhone, mais il sera beaucoup plus cher. D’ailleurs, il y a des marges bénéficiaires énormes dans votre iPhone qui sont le prix de l’exploitation des travailleurs chinois. Les travailleurs en Chine sont sans protection sociale, sans syndicats et n’ont pas de démocratie. Nous devons nous protéger contre les importations excessives de la Chine vers l’Europe. C’était le cas à l’époque des quotas sur le textile. Donc nous devons les rétablir, comme les quotas sur les automobiles coréens et japonais à une certaine époque. La pression sur les coûts est trop élevée. L’Union Européenne est la première puissance économique au monde avec 1 demi-milliard d’habitants et le premier PIB mondial si on englobe les 27 Etats membres. Pourquoi voudriez-vous que nous subissions la loi des autres ?

 

FAZ : Peut être que nos consommateurs apprécient les importations. Cela élargit le choix et cela baisse les prix.

Ce ne sont pas les consommateurs qui doivent gouverner nos pays. Nous devons penser d’abord à nos producteurs plutôt qu’à nos consommateurs. Comme les Allemands le font. C’est un compliment au modèle économique allemand. Nous avons des savoirs-faire à défendre ou à reconstituer en Europe. Est-ce qu’on préfère défendre l’iPhone ou notre protection sociale, nos salaires et notre mode de vie ?

 

FAZ: On ne peut pas se défendre en devenant plus compétitif ?

Vous ne pourrez jamais être aussi compétitifs que les Chinois ou les pays qui pratiquent impunément le dumping social, environnemental et monétaire.

 

FAZ : Et avec la recherche & développement et la production des produits haute gamme ?

Je suis désolé, mais nous ne pouvons pas tous acheter des BMW et des Audi. On a besoin aussi de Clio et de Twingo. Nous avons besoin de produire des biens accessibles qui sont en rapport avec les salaires que nous distribuons.

 

FAZ: Aujourd’hui ces pays sont forts parce qu’ils sont ouverts à la concurrence, parce que cela les force à faire un effort.

L’Union Européenne est un grand marché, la concurrence y est déjà très vive. C’est comme si vous me disiez que les entreprises américaines sont paresseuses parce que l’économie américaine sait se protéger. Ce n’est pas le cas. Ils ont 300 millions de consommateurs et ils sont ultra protectionnistes, comme les Chinois, les indiens, le Canada et les principaux pays d’Amérique du sud. Tous les pays pratiquent le protectionnisme – sauf les Européens, malheureusement.

 

FAZ: Est-ce que votre scénario n’est pas un peu catastrophique ?

L’Europe est entrée en récession. L’Allemagne va suivre bientôt, parce que la récession en Europe va appauvrir son marché naturel. Si il n’y a plus personne pour acheter ses produits en Europe, l’Allemagne va commencer à s’affaisser comme les autres.

 

FAZ : Quelle sont les causes de la récession ?

La récession est provoquée par la politique d’austérité en Europe. Les gouvernements et surtout Madame Merkel se trompent dans leur diagnostic. Ils ne soignent pas le véritable mal.

 

FAZ : Qu’est-ce que c’est ce véritable mal ?

Les écarts de niveau salaire et de niveau de protection sociale entre les pays Européens. La politique de désinflation compétitive de l’Allemagne pendant dix ans est devenue un problème pour ses partenaires. Les excédents allemands sont liés aux déficits extérieurs de tous les autres pays. Tous les autres pays de l’Union sont en déficit, sauf les Pays-Bas. La monnaie ne peut plus rétablir les déséquilibres puisqu’elle est unique. Et la politique de désinflation compétitive en Allemagne a eu pour conséquence de mettre des milliers d’Allemands en situation de perte de droits sociaux et de niveaux des salaires.

 

FAZ : Mais il y a plus d’emploi.

Mais ils travaillent pour rien. Regardez les « 1 Euro jobs ». Ils ont du travail, mais ils ne peuvent pas se soigner, pas vivre normalement.

 

FAZ: Regardez les primes élevées que les ouvriers de Volkswagen reçoivent…

C’est normal, Volkswagen fait des profits considérables.

 

FAZ : Mais ce sont les bénéfices de la mondialisation.

Vous prenez l’exemple de Volkswagen. Mais je vous ai parlé des 1,5 millions d’Allemands qui ont été radiés des listes du chômage, les gens qui ont plus de 50 ans, mais qui ne sont pas encore à la retraite. Je vous parle des victimes du plan Hartz IV. Ceux-là ne profitent pas de la mondialisation. Et cela contribue aux déséquilibres macroéconomiques. Nous finançons la croissance allemande avec nos importations, mais pourquoi ne pourrions-nous pas demander à l’Allemagne d’augmenter ses salaires pour développer sa consommation intérieure et éviter que s’aggrave la récession en Europe ? Notre protection sociale et nos salaires servent de débouchés à l’économie allemande, alors que le niveau de salaire allemand devrait tirer davantage le reste de l’Europe et servir de relais de croissance. C’est d’ailleurs ce qu’on a proposé dans un texte commun au PS français et au SPD allemand. Cela veut dire mieux coopérer entre pays excédentaires et déficitaires.

 

FAZ : Comment voulez vous réduire les déséquilibres ?

Nous avons 70 milliards de déficit extérieur. Alors nous allons devoir moins consommer de produits allemands. On va essayer de les remplacer avec des produits français. En même temps, il faut que vous augmentiez les salaires pour que vous consommiez plus de produits français. Sinon ces déséquilibres finiront par l’explosion de la zone Euro. L’Allemagne ne peut pas avoir une sorte de prospérité au détriment de ses partenaires et voisins qui sont ses principaux clients. Sinon elle scie la branche sur laquelle elle est assise.

 

FAZ : Mais vous ne pouvez pas forcer les consommateurs français à ne plus acheter des produits allemand ?

Nous allons demander à l’Allemagne, en contrepartie de notre coopération et de notre amitié, d’avoir une autre politique salariale. C’est-à-dire lui demander de prendre en charge une partie de l’effort.

 

FAZ : En Allemagne, ce n’est pas le gouvernement qui décrète la politique salariale.

Je sais, mais il n’y a pas de salaire minimal en Allemagne. Il faudrait le créer comme dans tout les pays Européens. Ce serait nécessaire. Il faudrait garantir des minima sociaux. Cela figure dans l’accord que le PS a signé avec le SPD allemand, le 21 Juin 2011.

 

FAZ : Merkel et Bismark, vous les avez mis dans le même panier. Vous avez encore cette opinion ?

Je considère que la politique de Madame Merkel est égoïste et purement nationale. Elle ne s’intéresse qu’aux intérêts de l’Allemagne et contribue malheureusement à son affaiblissement et à son isolement.

 

FAZ: L’Allemagne participe à toutes les actions, au sauvetage de la Grèce et des autres pays. Depuis toujours Allemagne contribue le plus dans les budgets Européens. C’est égoïste?

La droite Allemande est égoïste dans sa stratégie économique. C’est-à-dire qu’elle a diminué ses coûts de façon unilatérale. Elle a supprimé le nucléaire de façon unilatérale pour se tourner vers le gaz russe et elle impose de façon unilatérale un mauvais remède à la crise. Le Gouvernement allemand ne suit pas un modèle viable sur le long terme. C’est ce que même Madame Lagarde qui dirige le FMI a déclaré récemment. Or l’Allemagne a une responsabilité européenne. Parce que c’est la première économie européenne. Si l’Allemagne veut conserver l’Euro, elle n’a pas d’autre choix que de mener une politique européenne.

 

FAZ : Beaucoup d’Allemands pensent que l’Allemagne n’a plus beaucoup d’influence en Europe.

La Banque Centrale Européenne fonctionne sur les objectifs qui sont exclusivement allemands, copiés de la Bundesbank. L’Euro et sa parité qui est surévaluée fonctionne selon les intérêts allemands. Aussi, la conception de la compétitivité n’est pas la nôtre. Cela fait beaucoup. Nous demandons un rééquilibrage sur tous les paramètres économiques fondamentaux : coût du travail, monnaie, protectionnisme, politique énergétique. Soit on fait l’Europe avec des concessions réciproques, soit la droite Allemande a décidé d’imposer ses idées à tous les autres. Mais cela ne durera pas. Il y a des pays qui ne peuvent pas rester dans la zone Euro à ce tarif-là. La conséquence sera que la zone Euro ne pourra pas survivre. L’histoire de la construction européenne c’est l’histoire de compromis. On nous demande l’alignement sur les intérêts de la droite allemande. Cela ne sera pas possible. La victoire de François Hollande, si elle venait, sera le signe que les Français ne veulent pas laisser se dicter leur politique par la droite allemande qui met en danger l’Europe.

 

FAZ : Pas mal d’Allemands veulent abandonner l’Euro.

Quelques Français aussi. Mais nous, les socialistes, voulons sauver l’Euro. On ne pourra le faire que par des concessions réciproques. Et l’Allemagne qui est en position de force devrait accepter des concessions. C’est à elle de le faire cette fois.

 

FAZ : Et si l’Allemagne ne le fait pas ?

Nous perdrons malheureusement l’Euro à un moment ou à un autre. Cela commencera par un petit pays périphérique qui sortira puis les opinions publiques s’apercevront que les pays se rétabliront rapidement par les dévaluations compétitives. L’Allemagne sera entourée par ces pays et isolée en Europe.

 

FAZ : L’Allemagne a déjà vécu avec une Deutschmark fort avant.

Tout le monde y perdra avec la fin de l’Euro, l’Allemagne aussi. Je suis pour qu’on recherche le gain collectif.

 

FAZ : Comment voyez-vous le rôle de la BCE ?

Nous voulons faire évoluer le mandat de la BCE. Que ce ne soit pas seulement une lutte contre l’inflation mais aussi de stimuler la croissance comme le fait la Federal Reserve aux USA. Et que la BCE accepte de discuter avec les chefs d’Etat et de Gouvernements pour trouver des points d’équilibre.

 

FAZ : Qu’est qu’il faut faire contre les déficits publiques ?

Les états ne sont pas tous mal gérés, car s’ils sont endettés c’est parce qu’ils ont secouru le système bancaire. Si nous avions mis en place la taxe sur les transactions financières, cela aurait financé sans difficulté le remboursement de la totalité des dettes publiques de la zone Euro en quelques années.

 

FAZ : Mais les états ont vécu pendant des années au-dessus de leurs moyens et ont créé des déficits déjà avant 2008. Et maintenant les investisseurs peuvent arrêter de financer ces déficits, comme en Grèce.

La Grèce est un cas à part qui n’a pas été traité à temps. Je rappelle que l’Espagne était excédentaire avant la crise. La dette grecque est une goutte d’eau, une molécule dans l’océan de l’endettement, comparée aux 4.599 milliards d’Euros qui ont été engloutis dans le sauvetage du secteur financier. Mais pour les autres pays, les investisseurs n’ont jamais arrêté de financer les dettes des états. La solution, c’est de prendre dans chaque pays la part de la dette publique rattachée au sauvetage des banques, la mettre dans un pot commun et la faire financer par le secteur financier.

 

FAZ : Mais en même temps vous voulez que les banques financent l’économie réelle. Comment est-ce possible ?

Ce sont les banques qui nous ont mis dans cette situation. Commençons par chercher les responsabilités là ou elles se trouvent.

 

Toulouse : Communique d’Arnaud Montebourg

46
lun 19 mar 2012

Les ignobles assassinats à l’école juive Ozar Hatora de Toulouse sont une horreur et une abomination qui endeuillent la France toute entière. Comme tous les Français, je ressens une profonde tristesse et un sentiment de révolte. La similitude avec les lâches assassinats de sang froid des 3 militaires de Montauban d’origine antillaise et maghrébine laissent penser dans les deux cas à des motivations racistes et antisémites. Ils témoignent d’une montée préoccupante et générale de la haine et de l’intolérance religieuse dans notre pays, à l’égard de toutes les religions, quelles qu’elles soient. J’adresse aux familles victimes de cette odieuse et effrayante barbarie tout mon soutien et ma solidarite dans l’épreuve terrible qu’ils traversent.

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